Le grand invité Afrique

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Finale de la CAN 2025: «Si vous avez accepté de jouer, vous devrez accepter le résultat qui en découle»
08/10/2026Maroc ou Sénégal, qui va être déclaré vainqueur de la dernière Coupe d'Afrique des nations de football qui s'est jouée en janvier dernier ? C'est tout l'enjeu de la réunion à huis clos du Tribunal arbitral du sport (TAS), ce jeudi 8 octobre à Lausanne, en Suisse. Aucune décision ne sera rendue dès aujourd'hui, mais les deux pays vont plaider devant le tribunal. Joseph-Antoine Bell a été un grand international camerounais. Il est aujourd'hui consultant pour RFI et expert auprès de la Confédération africaine de football (CAF).
RFI: Joseph-Antoine Bell, au vu de la passion qui entoure cette affaire, est-ce que le tribunal arbitral du sport est en mesure de rendre une décision impartiale ?
Joseph-Antoine Bell: Elle devrait l’être. En théorie, le Tribunal arbitral du sport a été créé pour éviter que les affaires du sport n’aillent dans les tribunaux ordinaires. Et donc, le tribunal est censé rendre la justice eu égard aux textes que chacun devrait connaître, même si on ne les connaît pas toujours.
Le 18 janvier, le Sénégal a battu le Maroc (1-0 a.p) en finale de la CAN 2027. Deux mois plus tard, le 17 mars, le jury d’appel de la CAF, la Confédération africaine de football, a inversé le résultat et a donc déclaré que le Maroc avait battu le Sénégal par forfait (3-0). Comment expliquez-vous ce coup de théâtre ?
Ce qui s’est passé, c’est que le Maroc a porté plainte, a porté l’affaire devant les instances que tous les gens du foot, joueurs ou encadreurs et administrateurs, connaissent. Tout le monde sait qu’on a la possibilité d’écrire pour réclamer quelque chose quand on croit qu’on a été victime d’une injustice eu égard au règlement.
Donc cette affaire est particulière parce qu’il s’agit de la finale, mais des résultats de foot qui ont été inversés dans un bureau, ça existe, et ça existe dans les fédérations elles-mêmes, dont aucune ne pourrait dire que ce qui arrive n’arrive pas dans son propre championnat.
Le principal argument des Marocains, c’est de dire que comme la plupart des joueurs sénégalais ont quitté le terrain pendant une douzaine de minutes, cela vaut abandon et leur équipe doit donc être considérée comme perdante et éliminée de la compétition. Qu’en pensez-vous ?
À mon avis, on a un problème de morale en général : l’esprit chevaleresque du sport et du foot, puis on a la légalité. Maintenant, au vu de la réglementation, oui, les dirigeants marocains ont forcément raison d’aller de porter une réserve.
Mais au regard de l’esprit du jeu, si vous avez accepté de jouer, vous devriez accepter le résultat qui en découle.
Le principal argument des Sénégalais, c’est de dire que, l’arbitre congolais du match n’a jamais constaté un abandon ni un arrêt définitif du match et qu’au contraire il a autorisé la reprise du jeu, ce que les Marocains ont accepté. Est-ce que cet argument vous paraît valable ou pas ?
Christophe, je suis embêté parce qu’on ne porte réserve que sur des erreurs commises par l’arbitre. Et donc, si vous entérinez ce que l’arbitre a fait, ça veut dire que vous ne porterez jamais de réserves.
C’est précisément parce que l’arbitre est autorisé à se tromper, mais à être corrigé par les instances, que les Marocains ont raison d’aller écrire par la suite. Sur le coup, l’arbitre a commis une faute, mais il faudrait expliquer à tout le monde que, dans l’esprit, il n’était possible à aucun homme – je dis bien à aucun homme – d’arrêter le match à ce moment-là, parce que tous ceux qui sont dans le stade veulent voir le dénouement du match et tous ceux qui sont chez eux devant la télé veulent voir la fin du match.
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Donc il n’est pas possible qu’humainement l’arbitre prenne sur lui pour dire que, comme vous êtes sortis et que je vous ai attendus, on arrête et puis vous avez perdu le match. Dire ça au public aurait causé encore plus de dégâts qu’il y en a eu ce jour-là. On a un exemple, c’est le Heysel (NDLR : drame survenu le 29 mai 1985 au stade du Heysel de Bruxelles (Belgique), où une bagarre généralisée et un mouvement de foule avaient entrainé la mort de 39 personnes) il y a très longtemps.
Donc l’arbitre a autorisé le match à reprendre. Aujourd’hui, il n’est pas possible de nier que le Sénégal est sorti du terrain, et on peut reprocher aux dirigeants marocains, aux administratifs marocains, de vouloir gagner un trophée sur tapis vert.
Le 19 janvier, au lendemain de la finale, le président de la Fifa a dit par communiqué qu’il condamnait fermement le comportement de quelques joueurs sénégalais et des membres de leur staff technique, et qu’il invitait les instances disciplinaires de la CAF à prendre les mesures appropriées. Est-ce que, par ce communiqué, Gianni Infantino n’est pas sorti de sa neutralité et n’a pas fait pression sur la CAF pour qu’elle inverse le résultat du match ?
Je ne suis pas sûr qu’il pensait forcément au résultat du match. Et puis évidemment, je connais la rengaine : on est Africain, puis après on est subsaharien, puis après on est noir.
Non, ce qui s’est passé ce jour-là n’était pas à la hauteur, non pas par la faute de l’arbitre, mais par la faute d’un entraîneur (NDLR : Pape Thiaw) qui a été impulsif. Pour ceux qui ont écouté RFI, je le disais en direct, ce n’était absolument pas l’attitude à avoir. On ne peut pas, quand on est encadreur, ne pas savoir que sortir du terrain vous fait perdre le match et qu’il ne faut pas le faire.
Et ce jour-là, après le match, je suis content de savoir que l’entraîneur sénégalais, une fois la finale terminée, la première des choses qu’il a faite en conférence de presse, c’est de présenter ses excuses.
Joseph-Antoine Bell, merci.
Merci.- Au Mali, la junte du général Goïta a réussi hier mardi à reprendre la ville de Kidal, qu'elle avait perdue il y a six mois au bénéfice des rebelles touaregs du FLA, le Front de libération de l'Azawad. Les Forces armées maliennes et leurs alliés russes sont entrés sans combat, hier midi, dans la grande ville de l'extrême-nord du pays. Est-ce pour autant la fin de la guerre ? Bakary Sambe est le directeur du Timbuktu Institute. Il est aussi enseignant chercheur à l'Université Gaston Berger de Saint Louis du Sénégal. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Bakary Sambe, est-ce que vous êtes surpris par la reprise de Kidal par les Forces armées maliennes et leurs alliés russes ?
Bakary Sambe : Oui, l'annonce d'un convoi de l'armée malienne parti d'Anéfis qui entre à Kidal, sans un coup de feu. Et en face, on nous présente les FLA qui tenaient la ville depuis fin avril avec les djihadistes du JNIM et qui ont plié bagages, en parlant de repli stratégique, cela a été une surprise, notamment si l'on sait, ces derniers temps, les revers qu'avait subis l'armée malienne, notamment la terrible attaque de Dioura. Donc c'est une reprise sans combats, ni populations, d'après les informations que nous avons, mais une reprise qui signale un rapport de forces aérien favorable à l'armée plus qu'une défaite militaire du FLA pour le moment.
Voulez-vous dire que c'est la supériorité aérienne des Forces armées maliennes et de leurs alliés russes qui a joué le plus ?
Absolument. Oui, on peut se dire que c'est une victoire de l'armée malienne, en tout cas annoncée. Mais attention à ne pas confondre reprendre une ville et gagner une guerre. L’armée a récupéré un territoire, elle n'a pas battu son adversaire. Le FLA s'est retiré avant le choc en affirmant avoir gardé ses hommes et son matériel. C'est la vieille règle des insurrections, il ne faut pas l'oublier. Face aux drones et aux avions, on ne reste pas pour se faire écraser. On se fond dans le désert et on revient plus tard. Ce sont d'ailleurs des frappes aériennes qui ont rendu la ville intenable. Et puis il y a le grand absent du communiqué du FLA, le Jnim. Or, c'est celui-ci aujourd'hui qui est la menace numéro un. Et Dioura l'a rappelé de façon très brutale il y a quelques semaines. Donc le contrôle territorial est rétabli d'après le communiqué, mais l'adversaire semble rester intact. L'équilibre militaire n'est pas fondamentalement modifié. D'après les informations dont nous disposons actuellement.
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Il y a six mois, quand les rebelles Touaregs du FLA se sont emparés de Kidal, l'Algérie était brouillée avec le pouvoir central de Bamako. Mais depuis quelques semaines, Alger s'est rapprochée de la junte malienne. Est-ce que cela a pu compter dans le succès rencontré hier par les Forces armées maliennes et leurs alliés russes ?
Si on prend en compte le contexte, c'est que la brouille entre Bamako et Alger remontait à avril 2025, quand l'Algérie avait abattu un drone militaires malien près de la frontière. Et la dégradation avait commencé dès 2024 avec le retrait du Mali de l'accord de paix de 2015. Puis il y a eu l'événement du 10 juillet 2026, où le Mali avait annoncé le retour de son ambassadeur à Alger et la réouverture de son espace aérien aux vols liés à l'Algérie, avec des mesures réciproques côté algérien. Maintenant, quel rapport avec cette reprise annoncée de Kidal ? Aucune source ne prouve un lien direct à l'instant. Mais la géographie parle d'elle-même. Kidal est collée à la frontière algérienne et l'Algérie a longtemps été un espace de repli, de contact et de médiation pour les mouvements de l'Azawad. D'ailleurs, dès juillet, certains observateurs estimaient que les rebelles de l'Azawad pourraient perdre du terrain avec cet alignement. Donc moins d'arrières cours pour ces forces-là, moins de marge de manœuvre. Et Alger qui redoute l'instabilité à sa porte pourrait bel et bien revenir dans le jeu comme médiateur. Ce qui veut dire que la normalisation avec Alger réduit potentiellement la profondeur stratégique des rebelles et fait de l'Algérie un acteur clé de toute sortie de crise aujourd'hui au Mali.
Et est-ce qu'on peut dire clairement que les Algériens ont aidé les rebelles à prendre Kidal il y a six mois et qu'ils ont changé de camp cette semaine, au vu du rapprochement entre les présidents Abdelmadjid Tebboune et Assimi Goïta ?
Sans pouvoir le dire ainsi, la réconciliation, en tout cas, le retour à la normalité dans les relations entre Alger et Bamako, ce retour-là a fait que les rebelles du FLA, mais aussi les groupes extrémistes tels que Jnim, ont pu perdre en profondeur stratégique. Et aujourd'hui, cela se voit dans ce qui est annoncé, comme une reprise de la ville stratégique de Kidal.
Sur le plan politique, Bakary Sambe, est ce que ce succès militaire peut inciter la junte du général Assimi Goïta à durcir un peu plus sa politique répressive, ou au contraire à ouvrir le jeu ?
Vous savez, Kidal, ce n'est pas une ville comme les autres. C'est le berceau de la rébellion touareg de 1963 à 2012, quand les autorités militaires l'avaient reprise en novembre 2023. Elles en avaient fait leur trophée. La preuve que l'Etat était de retour partout. La perte de Kidal en avril, c'était donc bien plus qu'un revers militaire, c'était un démenti public de tout son récit. La reprendre aujourd'hui, cette ville de Kidal, c'est donc effacer l'affront, regonfler le moral d'une armée meurtrie et justifier au passage le choix du partenaire russe. Mais un symbole, ça se défend. Si Kidal devait retomber, la chute serait encore plus dure. Donc Kidal fonctionne comme un baromètre de légitimité, c'est-à-dire que sa possession conforte le récit souverainiste des autorités actuelles et sa perte le contredirait durablement.
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06/10/2026En Éthiopie, c'est un Premier ministre chef de guerre qui a été reconduit à son poste, lundi, par le Parlement d'Addis-Abeba. En effet, depuis deux semaines, Abiy Ahmed affronte une alliance de sept groupes armés rebelles, qui compte dans ses rangs le redoutable Front de libération du peuple du Tigré, le TPLF. Et pour ne rien arranger, le Premier ministre éthiopien est à présent en conflit ouvert également avec son voisin du Nord, l'Érythrée. Abiy Ahmed a-t-il quand même des cartes en main ? René Lefort est chercheur indépendant et spécialiste de la Corne de l'Afrique. Il répond à Christophe Boisbouvier.
RFI : est-ce que les sept groupes armés qui se sont alliés contre le pouvoir central vous paraissent en mesure de renverser le régime du Premier ministre Abiy Ahmed ?
René Lefort : écoutez ces sept groupes armés, on ne sait pas exactement quel est le degré et l'avancement de leur alliance. Les trois principaux étant évidemment les rebelles du Tigré, les rebelles de la région Amhara, les Fano, et les rebelles de la région Oromo, l'Armée de Libération Oromia. Alors ce qui est très important, c'est que le grand mouvement d'opposition oromo, le Front de libération Oromo, a désavoué cette alliance. Ce qui fait donc que pour l'Armée de Libération Oromia, la position de la population va être un facteur important. En tous les cas, ce qu'on a constaté et qui, je crois quand même a pas mal surpris, c'est que depuis le début de la guerre, seuls les Tigréens sont intervenus de façon significative.
Alors, de 2020 à 2022, il y a déjà eu un conflit meurtrier entre les rebelles tigréens du Front de libération du peuple du Tigré, le TPLF, et le pouvoir central, on estime que la totalité des massacres ont causé la mort de 600 mille personnes, à l'époque, c'est le pouvoir central qui a gagné avec l'aide de son voisin érythréen. Mais cette fois ci, l'Érythrée a changé de camp. Elle soutient les rebelles tigréens. Est-ce que cela ne peut pas changer la donne ?
D'abord, en 2022, quand l'accord a été conclu, l'accord de Pretoria, on ne peut pas dire que c'était une victoire de l’armée confédérale. C'était un match nul parce que d'un côté, le confédéral qui voulait éliminer le Front populaire de libération du Tigré n'a pas réussi à l'éliminer. Il a conclu l'accord avec lui. Et de l'autre côté, le Front populaire de libération du Tigré, qui voulait avoir la peau d’Addis Abeba, ne l'a pas eue. Donc en fait, on a arrêté les combats. Mais dans les accords de Pretoria, l'Érythrée n'était pas convoquée. Elle a été furieuse parce qu'elle a estimé que le travail n'était pas fini, qu'il aurait fallu aller plus loin et éliminer le Front populaire de libération du Tigré. Et de fil en aiguille, ils ont complètement renversé l'alliance. Est-ce que ça va changer la donne ? Jusqu'à maintenant en tous les cas, les Érythréens ont certainement fourni au FPLT de l'aide militaire. Est ce qu’ils ont aussi directement participé au combat, ça se dit mais ça n'est pas prouvé. D'après les informations que j'ai eues hier matin, qui viennent de certaines personnes du terrain, donc ça n'a absolument pas valeur de preuve, les troupes érythréennes seraient entrées dans le nord du Tigré, dans la région de Adigrat, la grande ville du Nord, avec des divisions mécanisées. Pourquoi est-ce qu’aujourd'hui, l'Érythrée est rentrée ou serait-elle rentrée au Tigré ? L'avenir le dira.
Oui parce que vous constatez que, pour l'instant, avec la prise de Mekele, c'est le pouvoir central d'Addis-Abeba qui a le dessus ?
Alors il y a deux points très importants. D'abord, le pouvoir central a écrasé littéralement la rébellion tigréenne dans une guerre conventionnelle. Là-dessus, les Tigréens disent : Oui mais vous savez, nous, défendre Mekele qui risque d'être bombardé, ce n’est pas possible, on s'en va et on va se lancer dans ce qu'on appelle une guerre mobile, c'est-à-dire monter une guérilla au Tigré. Seulement, le grand problème, c'est que pour monter une guérilla, il faut avoir un soutien populaire. Or, la population, elle, est totalement épuisée parce qu'elle a souffert incroyablement du blocus imposé par Addis-Abeba. Pas d'essence, pas de transfert bancaire, pas de paiement des salaires, pas de médicaments. Enfin vraiment une situation dramatique. Il y a aujourd'hui 3,9 millions de Tigréens qui sont dans un besoin d'une aide d'urgence alimentaire. C'est le premier point. Le deuxième point, c'est que le Front populaire de libération du Tigré est complètement discrédité. Il est miné par des conflits internes. Rien ne prouve que le TPLF trouvera l'appui, la mobilisation populaire sans laquelle aucune guérilla ne peut exister.
Alors, ce 4 octobre, à El-Alamein, en Égypte, se sont rencontrés les chefs d'État de l'Égypte, du Soudan, de l'Érythrée, de la Somalie. Est ce qu'on peut parler d'une nouvelle alliance pour encercler l’Éthiopie ?
Ce n'est pas une nouvelle alliance. C'est un pas supplémentaire dans une alliance. L’Égypte parce qu’il y a la fameuse histoire du barrage de la Renaissance sur le Nil bleu. Bon, le Soudan, parce que tout simplement, il y a des troupes tigréennes qui ont pris le parti du général Abdel Fattah al-Burhan et qui ont combattu le général Mohamed Hamdan Dogolo alias Hemedti. Et du coup, les Éthiopiens ont appuyé Hemedti contre al-Burhan. Bref, cette alliance est basée sur le fait que l'ennemi de mon ennemi est mon ami. A quel degré de force est-elle parvenu ? On ne le sait pas. En tous les cas, ce qui est sûr, c'est que l'Égypte est vraiment très très engagée aux côtés de l'Érythrée et que ça pourrait peser dans l'équilibre militaire. Parce que l'Égypte, évidemment, a des moyens militaires très importants par rapport à ses voisins de la région.
Et de son côté, quel soutien peut avoir l'Éthiopie ?
Elle a un grand soutien. Ce sont les Émirats Arabes Unis qui lui ont permis de gagner la guerre en 2022, en lui envoyant en catastrophe des drones, et qui continuent à lui fournir du matériel et de l'armement. Et donc pour l'Éthiopie, c'est vraiment l'allié privilégié.
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05/10/2026Notre grand invité Afrique ce matin est Djirèye Clotilde Coly, ministre sénégalaise de la Jeunesse et des Sports, de passage à Paris où elle est venue pour une rencontre au siège de l'Unesco afin de promouvoir les JOJ de Dakar 2026. Ces Jeux olympiques de la Jeunesse seront le tout premier événement olympique de l'histoire à se dérouler sur le continent africain. 2 700 athlètes âgés de 15 à 17 ans venus du monde entier vont donc se retrouver à Dakar du 31 octobre au 13 novembre prochain. Djirèye Clotilde Coly répond aux questions de Carine Frenk.
Madame la ministre, bonjour. À quatre semaines de l'ouverture, le Sénégal est-il prêt à accueillir ces Jeux olympiques de la jeunesse ?
Je confirme, le Sénégal est prêt à accueillir ces Jeux olympiques de la jeunesse. Nous sommes prêts sur le volet infrastructures, sur la partie sécuritaire, la partie test est également déjà faite. Nous travaillons actuellement à la mobilisation et à la réussite de ces jeux.
Les routes autour de la piscine olympique et le site lui-même sont aujourd'hui encore en travaux. N'est-ce pas un sujet d'inquiétude ?
Pas vraiment. Tous les sujets ont été pris en charge avec une dynamique très pragmatique et tout sera finalisé avant les Jeux.
Le coût global prévisionnel a été estimé à 104 milliards de francs CFA, plus de 150 millions d'euros. Est-ce que toutes ces dépenses peuvent vraiment être considérées comme un investissement pour l'avenir ?
Oui, l'événement en lui-même est un investissement pour l'avenir. Quand on parle du coût, on pense peut-être tout de suite au retour sur investissement. Or, un événement de ce genre ne doit pas être réfléchi en termes de retour sur investissement automatique et immédiat. C'est plutôt en termes d'héritage, d'héritage matériel avec toutes ces infrastructures sportives durables, puisqu'on parle ici d'investissement. Alors effectivement, vous avez les dépenses d'organisation, mais vous avez des dépenses d'investissement sur des actifs durables qui seront exploités et valorisés.
Mais vous avez aussi toute la partie immatérielle avec les compétences qui sont développées, avec les entreprises qui ont participé ou qui participent à ces Jeux. Donc oui, c'est un investissement, mais c'est un investissement sur le long terme.
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Mais avec les problèmes financiers qu'on connaît, le quotidien de plus en plus difficile pour les Sénégalais, est-ce que tout cet argent n'aurait pas été plus utile ailleurs ?
Oui, le chômage, la vie qui est chère, mais aujourd'hui, nous avons des retours, mais vraiment aussi au niveau de la jeunesse, en termes d'engagement de la jeunesse, de formation, de leadership. Je peux revenir sur certains aspects liés à l'organisation de ces Jeux : un programme, celui des volontaires avec 6000 volontaires mobilisés, formés durant ces jeux ; les programmes liés à la citoyenneté, à l'environnement, des brevets olympiques, civiques et sportifs qui ont été déployés dans des milliers d'écoles avec plus de 900 000 jeunes formés.
Et aussi les retombées immédiates, notamment dans le secteur de l'hôtellerie, puisque des hôtels seront mobilisés durant plus de deux semaines, dans le secteur de la restauration, dans les services, dans les arts. Au-delà de cela, c'est toute une économie du sport qui sera développée et on sait ce que représente aujourd'hui l'économie du sport. C'est aussi notre capacité en tant que pays à organiser de grands événements. C'est-à-dire qu'à partir de cet événement, nous pourrons prétendre accueillir de très grands événements et nous savons ce que ces événements rapportent.
Donc vraiment, on peut toujours penser que ces dépenses peuvent être utilisées ailleurs. Mais la réalité est qu'aujourd'hui, c'est un investissement qui portera du fruit.
Est-ce qu'on en sait un peu plus sur la cérémonie d'ouverture ? Combien de chefs d'État attendez-vous ?
Ce que je peux vous dire, c'est qu'une très belle cérémonie attend les chefs d'État. Au-delà de l'appel lancé par le chef de l'État sénégalais lui-même, son Excellence Bassirou Diomaye Faye, à la tribune des Nations Unies où il a invité tous les chefs d'État, tous les États membres à nous rejoindre lors de ces Jeux olympiques de la jeunesse, des invitations ont été lancées. Nous attendons du beau monde à ces JO.
Et l'ex-président Macky Sall sera-t-il invité lui aussi ?
Alors je dirais que la question n'est peut-être pas là, même si l'invitation relève des prérogatives du chef de l'État. Pour moi, l'important aujourd'hui, c'est vraiment de nous focaliser sur la réussite de ces Jeux, sur l'expérience que nous pourrons donner aux différentes délégations qui seront là et aussi au peuple sénégalais.
Et sur le plan sportif, vous espérez combien de médailles pour le Sénégal ?
Nous avons 135 athlètes qui vont représenter les couleurs du Sénégal à ces JOJ. Ils ont été préparés, ils sont motivés, engagés, prêts à remporter des médailles et nous espérons en avoir beaucoup.
750 000 tickets sont déjà en vente. Ils sont très accessibles, entre 1000 et 5000 francs CFA. Vous faites le pari du succès populaire ?
Oui, nous faisons le pari du succès populaire. Nous travaillons depuis très longtemps à la mobilisation du peuple sénégalais. Comme vous le savez, la flamme olympique est actuellement au Sénégal. Elle fait la tournée dans toutes les régions du Sénégal et donc je suis très optimiste.
Pour finir, le Tribunal arbitral du sport doit rendre sa décision pour la CAN, qui du Sénégal ou du Maroc aura finalement le trophée. Avez-vous des doutes ?
Le tribunal tranchera. Ce qui est sûr, c'est que le Sénégal a bien préparé son dossier. Je n'ai à ce stade ni doute, ni peur. Nous attendons la décision du tribunal.
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03/10/2026« Abdallah Superstar », c’est le titre du premier livre de l’autrice Iman Ahmed. Un ouvrage qui vous plonge dans la ville de Djibouti dans les années 90 et qui raconte une ville musicale, nocturne, car le père d’Iman Ahmed, ingénieur du son, a participé à la naissance d’un courant musical, a collaboré avec des groupes, notamment Dinkara dans lequel chantait Abdallah Lee, le fameux « Abdallah superstar ». Iman Ahmed est notre grande invitée Afrique ce samedi, elle répond à Guillaume Thibault.
►L’un des titres du groupe de Djibouti Dinkara, groupe que l’on découvre ou redécouvre dans l’ouvrage d’Iman Ahmed « Abdallah Superstar ».
► « Abdallah superstar »
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Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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