Le grand invité Afrique

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Rapprochement entre le Mali et l'Algérie: «Le primat du politique sur le militaire doit être une clause du deal»
15/07/2026Après plus d'un an de crise aiguë, le Mali et l'Algérie ont annoncé vendredi dernier le rétablissement de leurs liens diplomatiques. Une décrispation qui a surpris, alors qu'aucun signal ne l'avait laissé présager et que le Mali accusait avec virulence l'Algérie de « complicité » avec les « groupes terroristes » actifs à la frontière entre les deux pays : les jihadistes du Jnim, liés à al-Qaïda, et les indépendantistes du FLA. Quel rôle ont joué la Russie ou le Niger dans ce dégel ? La stratégie essentiellement militaire du Mali face aux groupes armés pourrait-elle évoluer avec l'implication d'Alger, qui prône le dialogue ? Ce rapprochement est-il crédible ou s'agit-il d'une énième péripétie diplomatique ? Michaël Béchir Ayari est analyste principal sur l'Algérie au sein de l'International Crisis Group (ICG), et auteur d'un rapport à paraître ce mercredi, intitulé Algérie-Mali : consolider la détente. Invité d'Afrique matin, il répond aux questions de David Baché.
FI : Après plus d'un an de rupture diplomatique, le Mali et l'Algérie ont annoncé le retour de leurs ambassadeurs et la réouverture de leurs espaces aériens mutuels. Un dégel que l'on n'avait pas vraiment vu venir. Beaucoup d'observateurs y voient la main de la Russie, qui aurait exigé de Bamako une position plus conciliante avec son voisin algérien. Est-ce que c'est le cas ?
Michaël Ayari : Il y a beaucoup de suppositions. D'après nos sources, il semblerait qu’il y ait déjà depuis un moment, même avant avril, c'est-à-dire les attaques coordonnées d'avril [menées conjointement par le Jnim et le FLA, NDLR], et surtout après avril, une médiation claire et nette du Niger.
Le Niger qui a lui-même renoué récemment avec l'Algérie.
Exactement, en début d'année. Donc ça partirait de là. Mais bon, il y a beaucoup de rumeurs, vous savez, il y a tellement d'acteurs investis au Mali... Les Russes, à mon avis, n'ont pas joué de rôle direct, même si évidemment il y a eu certainement des discussions entre Alger et Moscou, ça c'est clair.
Bamako a rompu l'accord de paix de 2015, qui avait été conclu entre l'État malien et les groupes armés indépendantistes du Nord, et qui avait été largement négocié à Alger. Les autorités maliennes de transition refusent tout dialogue avec les groupes armés, djihadistes ou indépendantistes, et n'envisagent qu'une réponse militaire. Cette position pourrait-elle évoluer à la faveur du dégel entre le Mali et l'Algérie ?
Forcément, il y a eu un deal quelque part. Il y a un contenu de ce deal. Forcément, le primat de la logique politique sur la logique militaire doit être une des clauses. À mon avis, c'est clair. Le retour à l'accord d'Alger, ça m'étonnerait beaucoup. Mais qu'il y ait une initiative politique, directement, pour une discussion, notamment avec le FLA... parce que l'État se délite. Et personne n'a intérêt à ce que le Mali tombe, y compris l'Algérie.
Donc vous pensez que, malgré leur discours guerrier, les militaires au pouvoir à Bamako depuis bientôt six ans pourraient faire un pas vers les rebelles indépendantistes du FLA ?
C'est peut-être un peu prématuré de dire ça. Vous savez, il y a plein de choses qui peuvent empêcher cela. Il faudra voir quelle forme ça prend. Si donc il y a eu un deal et qu'il est respecté, les prochaines étapes du deal, c'est : un retour de la coordination sécuritaire, un renforcement de l'échange de renseignements et une implication d'Alger, qui a quand même des contacts avec certains leaders du FLA, pour peut-être calmer les choses. Mais tout ça reste quand même conditionné. Beaucoup de choses peuvent arriver. Il peut y avoir des spoilers [des éléments perturbateurs, NDLR] au niveau international, il peut y avoir une opinion publique au Mali totalement opposée à ça, il peut y avoir aussi à l'intérieur du régime, ou du système, des forces qui refusent ça aussi... Donc on est à un moment où le choc frontal n'a pas l'air de marcher, et tout le monde essaie de mettre de l'eau dans son vin pour donner une chance à la paix, ce qui est très positif.
Vous envisagez une reprise de la coopération sécuritaire entre les deux États, mais il faut quand même rappeler que le pic de la crise avait été atteint en avril 2025, lorsque le Mali avait accusé l'Algérie d'avoir abattu un drone sur son territoire. L'Algérie assurait que le drone se trouvait dans le ciel algérien. L'affaire est donc soldée ? Ou enterrée ?
Il y a beaucoup de dossiers qui sont encore en suspens. Alors, ce qu'il y a d'intéressant, c'est qu’entre le Mali et l'Algérie, il n’y a pas de gros dossiers historiques. On est surtout sur du conjoncturel. Mais par contre, ce qui s'est passé ces quinze mois, les accusations qui ont été lancées de part et d'autre, il y aura des choses à clarifier, c'est sûr.
Justement, il est notoire que l'Algérie sert de refuge à des combattants et à des chefs du Jnim, liés à al-Qaïda, ou à des indépendantistes du FLA ,depuis des années. Et ça exaspère les autorités maliennes de transition, qui ont accusé l'Algérie de « complicité » avec les « groupes terroristes ». Est-ce que quelque chose a changé ?
En fait, ça a toujours été pareil. Vous avez une Algérie qui, dès les années 1980, a essayé de se positionner entre les rebelles et les autorités maliennes. S'ils sont trop du côté des autorités maliennes, ils perdent toute influence auprès des rebelles. Et s’ils sont trop près des rebelles, ils perdent toute influence par rapport aux autorités maliennes et toute crédibilité. Donc ils essaient d'être entre les deux, parce qu'ils savent très bien que ce qui se passe au Mali concerne le sud de leur territoire et que tout mouvement indépendantiste ou séparatiste peut, à un moment donné, commencer à revendiquer une partie du sud de l'Algérie. Et donc de ce point de vue, ils veulent être au milieu. Ça veut dire que de temps en temps, on ferme les yeux sur certaines activités, mais ça ne veut pas dire qu'on soutient totalement les acteurs qui veulent en découdre avec le gouvernement malien ou alors qui veulent atteindre à l'unité du pays.
La présence en Algérie de l'imam Dicko, opposant malien en exil qui prône la chute des militaires au pouvoir, est-ce qu'elle pourrait être remise en cause ?
Il va devoir être plus discret, tout simplement. Si l'accord tient, évidemment, on n'entendra pas parler de l'imam Dicko. À mon avis, il n’y aura pas d'extradition, ça c'est sûr. Et si par contre l'accord ne tient pas, on entendra parler de lui, voilà !
La reconnaissance récente par le Mali du plan marocain pour le Sahara occidental : Alger n'en tient pas trop rigueur à Bamako, c'est sans conséquence ?
Ça a été très mal perçu, évidemment. Tout le monde s'est dit : « Voilà, c'est une concession faite au Maroc, peut-être que le Maroc a promis quelque chose », et on se rend compte que le Maroc n’a pas donné grand-chose. Donc ils ne vont pas revenir et reconnaître à nouveau la République arabe sahraouie démocratique, mais ils ne vont pas non plus avoir une voix très active sur le dossier sahraoui.
Ce dégel Mali-Algérie, en fin de compte, vous y croyez ou c'est une énième péripétie ?
Quand il y a des communiqués comme ça qui sortent, c'est qu'il y a quelque chose de profond qui a été réglé. Mais ça ne veut pas dire que ça va être linéaire. Il peut y avoir des rechutes et puis ça dépend du terrain aussi. Il peut y avoir un Jnim qui tout d'un coup devienne incontrôlable, un Jnim qui gagne des batailles, il peut y avoir des tensions internes à droite et à gauche... Donc voilà, les choses maintenant sont à faire et il faut attendre les prochaines étapes. Et si le deal a été conclu, la première chose qu'on verra, c'est un accroissement et une amélioration de la coopération sécuritaire entre le Mali et l'Algérie.
À lire aussiAlgérie-Mali: comment expliquer le dégel diplomatique?Vague de disparitions à Madagascar: «Certaines institutions ont cessé de fonctionner dans l'intérêt général»
14/07/2026Que se passe-t-il à Madagascar ? Depuis plusieurs semaines le pays connaît une flambée de violences et de faits criminels qui traumatisent les populations et inquiètent les autorités. Des disparitions et des assassinats - en particulier d'enfants - sont régulièrement rapportés sur les réseaux sociaux : 90 signalements pour disparitions ces dernières semaines à Antananarivo. Sur ce total, 43 personnes ont été retrouvées. Les autorités malgaches ont depuis pris un certain nombre de mesures pour combattre le phénomène. Le 7 juillet dernier, la présidence a annoncé le déploiement immédiat de la garde présidentielle et de 400 éléments des forces de défense et de sécurité. Ces mesures sont-elles à la hauteur du climat de psychose ambiant à Madagascar et notamment à Antananarivo, la capitale ? Ketakandriana Rafitoson, la numéro deux de Transparency International Initiative Madagascar, est au micro de Polycarpe Essomba.
RFI : Récemment, Madagascar a fait face à une vague inédite de disparitions, d'homicides violents, notamment d'enfants. Que se passe-t-il exactement dans le pays ?
Ketakandriana Rafitoson : Nous assistons à une montée très préoccupante de l'insécurité. On vit dans une sorte de psychose, surtout à Antananarivo, la capitale. Mais je pense qu'il serait réducteur, en même temps, de considérer ces événements uniquement comme une succession de faits divers. Ils révèlent, selon moi, une crise de conscience profonde entre les citoyens et les institutions chargées de leur protection.
Lorsque les citoyens ont le sentiment que les enquêtes n'aboutissent pas suffisamment vite, que des auteurs ne sont pas identifiés, ou que certaines formes de criminalité deviennent plus audacieuses, cela nourrit un climat de peur qui dépasse largement chaque affaire prise isolément, et c'est le cas ici à Antananarivo.
Mais qui sont les auteurs de ces actes de violence ? Est-ce qu'on a pu identifier les origines de ce phénomène ?
Ce serait irresponsable de désigner des coupables sans preuve, c’est précisément le rôle des enquêteurs de la justice. Et malgré certaines arrestations sporadiques ici et là, l'opinion publique n'est pas convaincue que les auteurs ou les commanditaires réels de ces événements aient été appréhendés. En revanche, ce que l'on peut dire, c'est que lorsqu'une criminalité devient organisée ainsi, cela suppose souvent l'existence de réseaux de complicité, de capacités logistiques, qu'il appartient justement, aux autorités, d'identifier.
Vous parlez de réseaux dans la rue. À Antananarivo, on parle souvent de complicité à haut niveau lors des kidnappings ou des trafics de ressources, comme les élus dans le sud du pays. Est-ce qu'on peut envisager que le manque de transparence institutionnelle empêche de démanteler ces réseaux-là ?
La transparence est une condition essentielle de l'efficacité de l'État. Cela va sans dire. Quand les institutions fonctionnent de manière opaque, lorsque les responsabilités sont mal établies et lorsque les mécanismes de contrôle sont affaiblis, il devient plus difficile de lutter efficacement contre les réseaux criminels ou les réseaux de corruption. D'ailleurs, et cela est en lien avec la capture de l'État, certaines institutions cessent progressivement de fonctionner exclusivement dans l'intérêt général et peuvent être influencées par des intérêts privés ou particuliers.
« Nous sommes en guerre », a indiqué la semaine précédente le Premier ministre sur un ton qui se voulait très offensif. Il a par ailleurs annoncé qu'aucune tolérance ne sera accordée aux auteurs de ces crimes. Une telle sortie vous semble-t-elle justifiée au regard de la situation ?
Je comprends parfaitement que les autorités souhaitent envoyer un message de fermeté, devant la gravité de cette situation, puisque les citoyens attendent de l'État qu'il réagisse avec détermination face à des crimes aussi graves. Les mots du Premier ministre ont été justes. Les mots aussi ont un poids. L'important n'est pas seulement de parler de guerre, mais surtout de gagner durablement la bataille contre l'insécurité.
Transparency International Madagascar a récemment alerté sur le concept de capture de l'État. Vous l'avez évoqué dans l’entretien, pouvez-vous nous expliquer comment la confiscation des institutions privées ou publiques aggrave l'insécurité des citoyens au quotidien ?
La capture de l'État, c'est simplement le fait qu’une petite portion de l’élite, ou bien un groupe d'intérêt, utilise les institutions, mais aussi les finances publiques et l'administration en général, à des fins privées, au lieu de les utiliser à des fins d'intérêt général. L'utilisation des deniers publics, des moyens de l'État, sont tous faits à des fins de prédation, si vous voulez.
Qu’attendez-vous des autorités de la transition aujourd’hui ?
À court terme, il faut évidemment mobiliser tous les moyens nécessaires aujourd'hui pour retrouver les auteurs des crimes qui ont été perpétrés et protéger la population, accompagner les familles des victimes et communiquer de manière transparente aussi. Mais il faut également profiter de cette période de refondation pour reconstruire des institutions plus fortes, plus transparentes, plus indépendantes et davantage tournées vers le bien commun. Sur le plus long terme, redonner un sens moral à l'État, rééquilibrer le pouvoir, refonder la démocratie par la base. Et puis il faut investir dans le capital humain, construire une culture de responsabilité à l'échelle nationale. C'est peut-être sur une bonne voie, je dirais sur les déclarations de principe, mais on s'attend à davantage d'actions de la part des pouvoirs publics.
À lire aussiMadagascar: forte inquiétude à Antananarivo après une vague de disparitionsProcès de Kizza Besigye: «Il existe une instrumentalisation du système judiciaire en Ouganda»
13/07/2026C'est ce lundi 13 juillet que doit s'ouvrir en Ouganda le procès du docteur Kizza Besigye, 70 ans, qui est l'opposant historique au président Museveni. Pour sa défense, ses avocats ne vont pas manquer de rappeler qu’en novembre 2024, Kizza Besigye a été kidnappé au Kenya puis livré à l'Ouganda. Peut-on parler, comme notre invitée de ce matin, d'une « est-africanisation » de la répression ? Florence Brisset-Foucault est maîtresse de conférence en sciences politiques à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheure à l'Institut des mondes africains. Elle répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Kizza Besigye encourt-il la peine de mort à l'issue de son procès ?
Florence Brisset-Foucault : C'est ce qui est prévu dans le code pénal ougandais. En effet, la punition pour les crimes de trahison, c'est la peine de mort. Cependant, la peine de mort n'a pas été appliquée en Ouganda depuis une trentaine d'années, mais c'est ce qu’il risque officiellement.
La seule chose rassurante pour lui, est-ce le fait qu'il ne passe pas devant un tribunal militaire ?
Son cas avait été d'abord traité par un tribunal militaire, au moment de son arrestation en novembre 2024. Mais la situation a changé à partir de février 2025 et son cas est maintenant traité, de nouveau, devant des tribunaux civils.
Il passe ainsi ce 13 juillet devant des juges civils.
Exactement.
Il est accusé de sédition et de volonté de soulèvement contre l'État. Ces accusations sont-elles sérieuses ?
Ce que l'on constate en Ouganda, c'est qu’il y a depuis des années une instrumentalisation du système judiciaire. Ce que disent ses avocats, c'est que c'est un exemple criant, encore une fois, d'instrumentalisation du système judiciaire, et que ce sont des accusations qui sont montées de toutes pièces. À voir… Mais, en tout cas, ce n'est pas la première fois qu'il est accusé de crimes de ce type devant les tribunaux et les autres procédures qui ont été lancées contre lui n'ont jamais abouti à quoi que ce soit de concret.
Où Kizza Besigye trouve-t-il cette énergie, ce courage pour tenir tête à Yoweri Museveni, depuis 25 ans ?
Ce qui est en effet très étonnant, intéressant, avec la figure de Kizza Besigye, c'est cette continuité de l'engagement, malgré ces coups de massue, à la fois judiciaires mais aussi coercitifs ; malgré ces attaques sur sa personne à plusieurs reprises lors d'épisodes de manifestations ; malgré cette période où il a été sous résidence surveillée, de manière extrêmement resserrée, dans la banlieue de Kampala. On se souvient notamment d'un épisode très spectaculaire où il avait été attaqué à bout portant par un membre des services secrets qui lui avait envoyé une dose de gaz lacrymogène, à bout portant, directement dans les yeux, ce qui fait qu'il a été hospitalisé pendant un certain temps au Kenya. C'est quelqu'un qui, à chaque fois, revenait. Il bénéficie d’une vraie assise et popularité dans les rues, du fait de cette position un peu sacrificielle qui le caractérise depuis 25 ans.
À l'origine de ce procès, il y a l'arrestation de Kizza Besigye au Kenya, puis sa livraison à l'Ouganda, il y a presque deux ans. Pourquoi le président kényan William Ruto, qui a lui-même été longtemps un leader d'opposition, a-t-il trahi les combattants de la démocratie en Ouganda ?
Effectivement, cela ne touche pas d'ailleurs que Kizza Besigye. Son épouse, Winnie Byanyima, qui s’exprimait dans la presse il y a quelques mois, avait qualifié Nairobi de « paradis des kidnappeurs ». Une formule extrêmement puissante, puisqu’elle désigne une sorte d'ensemble. Cela touche toute l'Afrique de l'Est, et évidemment aussi la Tanzanie, avec depuis l'année dernière les événements absolument tragiques qui se sont déroulés dans le contexte de la dernière élection présidentielle [plusieurs centaines de Tanzaniens avaient été tués durant la répression de manifestations post-électorales, NDLR]. Cette « est-africanisation » de la répression en Tanzanie rappelle des années très sombres, celle ses années 1970, années de dictature militaire en Ouganda pendant lesquelles des militants et exilés ougandais pouvaient aussi se faire kidnapper au Kenya et être ramenés de force en Ouganda.
Pensez-vous que ce procès à Kampala va être suivi par la communauté internationale et que cela pourra peut-être protéger, un peu, Kizza Besigye ?
Je pense qu'il sera suivi. Après, est-ce que la communauté internationale et ses différentes incarnations vont se manifester ? Et, si oui, comment ? C'est une autre question. L'Ouganda est une clé de voûte du système sécuritaire international dans la région de l'Afrique des Grands Lacs et de l'Afrique de l'Est. Évidemment, la communauté internationale et la communauté diplomatique sont extrêmement prudentes dans la manière dont elles s'adressent au régime. Elles suivent sans aucun doute. À voir comment elles se manifestent. On a vu, il y a quelques jours, le chef de la commission des Affaires étrangères du Sénat aux États-Unis remettre en cause le partenariat militaire avec l'Ouganda. Cela a fait couler un petit peu d'encre. On sait que la communauté internationale regarde, mais comment va-t-elle réagir ? Est-ce que les autorités ougandaises vont être perméables à ces pressions internationales ? C'est autre chose.
Est-ce que c’est cette intervention de la commission des Affaires étrangères du Sénat américain fait suite au lobbying anti-Museveni que pratique aux États-Unis, depuis quelques mois, l'autre grand opposant Ougandais, Bobi Wine, qui a officiellement perdu la présidentielle de janvier dernier ?
On sait que Bobby Wine essaie d'activer des leviers pour faire connaître la situation dans son pays. En tout cas, c'est sur cette scène internationale qu'il a choisi de poursuivre le combat depuis sa fuite, suite à la répression violente dont il a été l'objet après l'élection de janvier 2026.
Faut-il donc s'attendre à des années très difficiles pour la démocratie ougandaise ?
Je ne suis pas du tout optimiste. Je suis même très inquiète sur ce qu'il va se passer. Je pense que tous les observateurs et personnes qui sont attachés au respect des libertés fondamentales le sont.Afrique du Sud: «Le plus grand problème de Ramaphosa aujourd'hui, c'est le manque de croissance économique»
10/07/2026Depuis la tenue du sommet du G7 à Evian entre le 15 et le 17 juin dernier auquel le président français Emmanuel Macron n'a pas invité son homologue sud-africain, un irritant s'est immiscé dans les relations franco-sud-africaines. Alors que Cyril Ramaphosa est en visite officielle à Paris ce vendredi 10 juillet, les deux dirigeants vont-ils en parler ? Quels sont par ailleurs les autres enjeux de ce déplacement ? Chercheuse à International Crisis Group, la Sud-Africaine Liesl Louw répond pour l'occasion aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Est-ce que les relations franco-sud-africaines se sont distendues depuis qu'Emmanuel Macron a oublié d'inviter Cyril Ramaphosa au dernier G7, à Evian, en France ?
Liesl Louw : Oui, il y avait des tensions, c'est sûr, parce qu’initialement, apparemment, Ramaphosa a reçu une invitation pour assister au G7, mais il a été désinvité, ou comme vous avez dit, on a oublié de l'inviter au dernier moment. Donc Ramaphosa aussi n'est pas allé au sommet de Nairobi, le Africa Forward du mois de mai dernier. Donc il y avait ces deux rendez-vous et je pense que l'Afrique du Sud est déçue par cette situation. Mais on a compris que la pression du président Trump, qui menaçait de ne pas venir à Evian, si Ramaphosa assistait à cette réunion, était principalement la cause de cette situation par le fait que Ramaphosa finalement n'a pas été invité pour venir au G7.
Vu la proximité stratégique entre la France et les États-Unis, on l'a encore vu cette semaine à Ankara lors du sommet de l'Otan, quel est l'intérêt pour Cyril Ramaphosa de venir en France ?
Oui, il y a beaucoup d'intérêts. D'abord économique, pour attirer des investissements. Le plus grand problème aujourd'hui pour Ramaphosa, c'est le manque de croissance économique. L’Afrique du Sud n'attire pas d'investissements étrangers, mais il y a des sociétés françaises implantées en Afrique du Sud et l'Afrique du Sud aimerait bien augmenter ces investissements et le commerce entre les deux pays. On fait face à des graves problèmes de chômage. Ça aussi, c'est une des causes de ces graves émeutes et des manifestations xénophobes en Afrique du Sud. Donc, Ramaphosa veut montrer que, malgré ces tensions géopolitiques, l'Afrique du Sud reste un pays important sur le plan international et africain, même si les relations entre l'Afrique du Sud et le reste du continent passent un très mauvais moment actuellement.
Malgré l'attaque de l'Ukraine par la Russie en 2022, l'Afrique du Sud maintient son alliance stratégique avec Moscou. Est-ce que ce n'est pas un sérieux point de divergence entre l'Afrique du Sud et la France ? Est-ce que ça ne va pas finir par fragiliser les relations entre les deux pays ?
Oui, c'est vrai que, depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022, l'Afrique du Sud a été très critiquée par les pays européens pour sa position. Surtout certains individus au sein de l'ANC [le parti au pouvoir, NDLR] qui sont ouvertement pro-russes. L’Afrique du Sud aussi a présidé un sommet des Brics où la Russie joue un rôle important. Mais je pense que c'est ça qui fait que l'Afrique du Sud est un peu au cœur de ce jeu géopolitique. Parce que d'un côté, certains sont vus comme pro-russes, mais en même temps, le président Ramaphosa est très ouvert aux Occidentaux. L’Afrique du Sud a quand même montré une position non alignée, neutre quelque part dans ce jeu géopolitique. Je pense que ce sentiment pro-russe a un peu diminué avec le temps depuis 2022. Les relations avec l'Europe se sont améliorées depuis.
Depuis un mois, le gouvernement sud-africain est accusé par plusieurs autres gouvernements africains, notamment ceux du Nigeria et du Ghana, de fermer les yeux sur les graves violences xénophobes en Afrique du Sud. En allant à Paris, est-ce que Cyril Ramaphosa vient aussi rompre un certain isolement diplomatique ?
Oui, absolument, l'Afrique du Sud et son image sur le continent souffrent énormément de ces violences xénophobes. Ramaphosa, lui-même, je pense, n'a pas su être à la hauteur pour dénoncer ces manifestations, mais pas uniquement les manifestations, la violence contre les étrangers africains en Afrique du Sud. En ce qui concerne son isolement diplomatique, c'est très intéressant de voir l'Afrique du Sud renouer des liens avec des pays comme le Rwanda où, depuis très longtemps, l'Afrique du Sud n'avait pas eu de bonnes relations. Le ministre des Affaires étrangères rwandais était en Afrique du Sud pour la première fois en visite officielle depuis douze ans.
Et du fait de cet isolement diplomatique, est-ce que le business en souffre ? Est-ce qu'il y a moins d'investissements en Afrique du Sud ?
Je pense que, pour le moment, on ne sent pas encore ça. Le manque d'investissement en Afrique du Sud, depuis très longtemps, est lié à d’autres facteurs, notamment les problèmes d'infrastructures et d’approvisionnement en électricité. Là où on peut voir peut-être à l'avenir un problème économique lié à ces violences xénophobes, c'est pour les entreprises sud-africaines implantées sur le continent, comme le groupe de télécom MTN par exemple au Nigeria, qui est parfois mis en difficulté par le gouvernement nigérian à cause de ce qu’il se passe en Afrique du Sud et des violences xénophobes.Alioune Tine: «On ne peut pas développer la Guinée par la peur et par les violations des droits de l'homme»
09/07/2026Le 9 juillet 2024, en pleine nuit, Foniké Menguè et Mamadou Billo Bah, deux des principaux dirigeants du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), étaient brutalement arrêtés en Guinée. Ils auraient été brutalisés, voire torturés, selon le témoignage de l'un de leurs codétenus désormais libre. Deux ans après, Foniké Menguè et Mamadou Billo Bah sont toujours portés disparus. À l'occasion d'une conférence consacrée au sort des deux militants guinéens ce jeudi 9 juillet à Dakar, le défenseur des droits de l’homme sénégalais Alioune Tine, fondateur du think tank Afrikajom Center, est le grand invité Afrique de RFI. Il répond aux questions de Guillaume Thibault.
RFI : La société civile guinéenne marque ce jeudi 9 juillet les deux ans des disparitions de Mamadou Billo Bah et de Foniké Menguè. Deux ans sans aucune information, deux ans de silence. Comment jugez-vous cette situation ?
Alioune Tine : C'est scandaleux. C'est révoltant parce que Billo Bah et Foniké Menguè, c'étaient les leaders de la société civile guinéenne qui ont travaillé avec beaucoup de courage, qui ont permis la démocratie et puis qui ont été enlevés par des personnes. Ils les ont amenés à la gendarmerie de Hamdallaye et puis au palais Mohammed V, et puis dans les îles Fotoba. Et on ne les a plus revus. Il y a un rescapé qui est là à Dakar, que je connais, Mohamed Cissé. C'est le seul survivant de cette histoire. Il est temps de mettre un terme à cette situation, parce que la vie des Guinéens, ça compte.
Les familles des disparus estiment que le système judiciaire ne joue pas son rôle. Est-il encore possible d'enquêter en Guinée sur ce cas ?
Difficilement. En Guinée, je pense que ce soit les institutions judiciaires, tout est sous contrôle. La seule possibilité aujourd'hui, c'est au niveau africain. La Cour africaine des droits de l'homme et des peuples, la Cour de justice de la Cédéao et même les plaintes qui sont déposées en France.
Vous venez de le dire, une plainte a été déposée en France par les avocats en juillet 2024, il y a deux ans. Cette procédure, d'après vous, peut-elle aboutir ?
Tant que les gens sont au pouvoir, c'est extrêmement difficile. Et maintenant, j'ai l'impression que l'influence que la France avait à l'époque a beaucoup baissé. Donc la France fait vraiment attention quand elle est en Guinée. Et cette situation, elle ne peut pas continuer en Guinée. On ne peut pas développer la Guinée par la peur et par les violations des droits de l'homme.
L'organisation Tournons La Page Guinée qui affirme avoir documenté 35 cas de disparitions forcées et 12 cas d'enlèvements arbitraires depuis la prise de pouvoir des militaires en 2021, estime que c'est un retour au régime répressif du temps de Sekou Touré…
Maintenant, dès que vous êtes opposant, activiste des droits de l'homme ou même journaliste d'investigation, vous n'avez plus la possibilité de vivre en Guinée. Sois vous êtes obligé d'être dans un exil forcé, c'est le cas de Cellou Dalein Diallo, de Sidya Touré qui étaient les principaux opposants. C'est le cas également de nombreux membres de la société civile guinéenne qui sont dans la sous-région ou en Europe, parce qu'ils ne peuvent plus vivre en Guinée Conakry du fait de leurs idées, du fait de leurs croyances. Ça se fait dans un silence qui est extrêmement inquiétant aujourd'hui, ni l'Union européenne, ni l'Union africaine, ni même les Nations unies, c'est vrai qu’il y a eu des interventions des Nations unies, mais timide. Je pense que la communauté africaine et internationale a besoin de regarder ce qui se passe en Guinée sous le règne du général Doumbouya. Mais on a l'impression qu'on est en train de revivre les pires moments de Sekou Touré.
Comment vous expliquez ce silence continental, ce silence international ?
Il y a un véritable basculement géopolitique. La chute du mur de Berlin avait permis le développement des droits de l'homme, le développement de la démocratie. Mais maintenant, avec les conflits armés que nous avons en Afrique, puis aussi le fait que les pays occidentaux n'aient pas eu la possibilité, les capacités de mettre un terme à ces conflits... La sous-région, c'est une espèce de proie pour la plupart des puissances impériales de venir chercher les matières premières. Il y a beaucoup de ressources en Guinée. La Guinée est très riche en ressources. Tant que les gens font du business, ça marche et c'est ça. C'est scandaleux. Il est temps aussi de mettre un terme à l'impunité.
La Cour pénale internationale est très critiquée sur le continent africain, mais est-ce que vous estimez néanmoins que la CPI doit enquêter sur la situation en Guinée ?
C'est vrai que la CPI a été affaiblie par certaines grandes puissances aujourd'hui, il ne faut pas l'oublier… Trump, les États-Unis… Mais, je pense que la CPI s'était impliquée déjà quand il y a eu les événements du 28 septembre, le stade de Conakry. Aujourd'hui plus que jamais, la CPI doit investiguer en Guinée, se saisir de ce qui se passe en Guinée. Je pense que ce serait franchement une bonne prévention des violations des droits de l'homme. Et puis également lutter contre l'impunité des crimes internationaux comme les disparitions forcées, comme les détentions arbitraires en Guinée Conakry.
Pour revenir à Foniké Menguè et à Mamadou Billo Bah, l'inquiétude sur le sort des deux militants grandit chaque jour depuis deux ans. Vous gardez néanmoins espoir de les revoir vivant ?
Ecoutez, moi, je garde espoir de les voir vivants. Je connais bien les deux, je connais bien leurs familles. La famille de Billo Bah est venue me voir ici il n’y a pas si longtemps, avec ses enfants. Donc vraiment, nous continuons à garder espoir et continuerons à mettre la pression pour qu’on nous dise ce que sont devenus Foniké Menguè et Mamadou Billo Bah.
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Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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