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Ukraine: transporter des organes grâce à des drones militaires, une solution pour sauver des vies
21/09/2026À Kiev, dans le plus grand hôpital pédiatrique d'Ukraine, les transplantations d'organes n’ont pas cessé depuis le début de l'invasion russe en février 2022. Nous avons suivi l'opération de Khrystyna, un bébé de neuf mois, à qui sa tante vient de donner une partie de son foie — la centième transplantation hépatique de l'hôpital. Malgré les missiles, les coupures d'électricité et l'espace aérien fermé, les chirurgiens continuent d'opérer. Et pour transporter les organes, certains envisagent désormais des drones militaires reconvertis.
De notre correspondante à Kiev,
Nous sommes au huitième étage de l’hôpital. Depuis quelques semaines, les attaques russes se sont intensifiées sur la capitale ukrainienne. Dans l’une des sept salles d’opération, trois chirurgiens chaussés de lunettes grossissantes sont aux prises avec le foie de Tetyana. Cette femme de 36 ans a décidé de donner une partie de son organe sain à sa nièce, Khrystyna, âgée de neuf mois. Le bébé est en train d’être préparé à l’opération dans le bloc voisin. Oleg Godik, le chirurgien en chef, reste étonnamment détendu : « Nous prélevons deux segments du foie du donneur, puis nous les réduisons, voire les hyper-réduisons si nécessaire, afin qu’ils soient adaptés au receveur avant la transplantation. L’opération dure en moyenne cinq à six heures. »
D’ailleurs, cela peut paraître surprenant, mais, pour se concentrer, les chirurgiens ont mis de la musique métal en fond sonore. Peut-être aussi une façon de faire écran au quotidien anxiogène ambiant.
L’opération de Christina est la 100e greffe de foie réalisée dans cet hôpital. En Ukraine, le pays effectue encore des centaines de transplantations par an et ce chiffre continue de grimper malgré la guerre. Cependant, le cadre est très strict. Une loi adoptée dès 2018 interdit formellement qu’un organe soit prélevé sur un soldat tué au front ou sur un civil mort à la suite des attaques russes.
Maintenir les transplantations malgré la guerre
Le chirurgien cardiaque Borys Todurov, grand ponte des greffes dans le pays, a lui-même suggéré cette loi au gouvernement. Il nous accueille dans son bureau de l’Institut du cœur, sur la rive gauche de Kiev : « C’était une manière d’éviter les spéculations dans les médias russes. Dès les premiers jours de la guerre, les médias russes racontaient chaque jour que des équipes ukrainiennes de transplantation se rendaient sur le front pour prélever les organes des personnes tuées. »
Maintenir ces transplantations en temps de guerre impose aussi des défis concrets. L’espace aérien ukrainien est fermé depuis février 2022. Et transporter un organe, c’est aussi une course contre la montre, car il ne survit que six heures au maximum hors du corps. L’an dernier, les équipes de Todurov ont parcouru 34 000 kilomètres, presque l’équivalent d’un tour du monde : « Quand nous roulions pendant les attaques, avec des bombes qui explosaient devant nous, c’était extrêmement dangereux. »
Une solution se dessine pourtant : des drones militaires reconvertis, capables de parcourir 700 kilomètres à plus de 110 km/h. Son équipe n’attend plus que l’approbation des forces armées, afin que les militaires comprennent que ce qui vole n’est pas forcément un ennemi, mais peut servir à transporter des organes.
À lire aussiUkraine: à Odessa, l'hôpital pour enfants tente de gérer les pénuries de courant- À Londres, les plaintes pour incidents à caractère islamophobe ont augmenté de 31% sur l’année écoulée, et 2026 pourrait bien dépasser ces chiffres. À l’échelle du pays, l’islamophobie ne cesse d’augmenter depuis 2023, depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza. Selon les dernières statistiques, une mosquée est attaquée tous les cinq jours au Royaume-Uni, rendant les musulmans inquiets pour leur avenir.
De notre correspondante à Londres,
La mosquée d’Ibrahim Syed, en banlieue de Liverpool, ressemble à un centre communautaire, en rez-de-chaussée, avec une immense salle centrale aux néons blafards. En un an, l’imam a subi trois attaques : « Quelqu’un a tiré sur les fenêtres avec une carabine, alors qu’il y avait des enfants à l’intérieur. Ils ont été choqués. On a aussi envoyé un DVD à caractère pornographique, pour essayer de nous énerver. Et enfin un drapeau britannique a été suspendu devant la mosquée. »
Ces douze derniers mois, 70 incidents sur des mosquées britanniques ont été enregistrés : menaces en ligne, vandalisme, intimidation, etc. Très impliqué dans la vie locale, Ibrahim Syed tente de rester positif : « C’est dur ! Je suis né ici. Tout d’un coup, notre appartenance à ce pays est remise en cause. Mais je suis un optimiste : rien qu’hier, un voisin a réparé gratuitement nos fenêtres. »
Guerres au Moyen-Orient, montée de l’extrême droite xénophobe. L’association Tell Mama, qui recueille des appels de victimes, a recensé 6 000 incidents islamophobes en 2024, 7 000 en 2025. La directrice, Iman Atta, note une normalisation alarmante : « Nous n’avons pas encore analysé les données pour 2026, mais ce sera au moins aussi élevé que 2025. La rhétorique autour des musulmans, les agressions dans l’espace public, la sexualisation des femmes musulmanes. Nous voyons la haine en ligne se déplacer dans la vraie vie, et c’est très inquiétant. »
Un pays qui se divise
Sur son site, Tell Mama conseille les mosquées et lieux culturels pour garantir leur propre sécurité. Mais Iman Atta exige davantage du gouvernement : « La technologie évolue si vite, avec l’IA entre autres. Les autorités semblent ne pas pouvoir suivre. Le gouvernement devrait pénaliser les entreprises qui monétisent la discrimination et l’extrémisme. »
Parmi cette communauté, certains préfèrent prendre les choses en main. Hijab beige sur un visage déterminé, Julie Siddiqi organise régulièrement des groupes interreligieux d’études des textes sacrés. À chaque ramadan, elle organise de grands banquets à partager, pour la rupture du jeûne, avec les non-musulmans de son quartier : « Nous devons apprendre à ne pas être d’accord, sans fermer le débat. Notre pays se divise, en particulier depuis quelques années, nous devons continuer à construire des ponts. »
Outre l’islamophobie, ces trois dernières années les incidents antisémites et racistes sont également en forte hausse. - À Diohine et dans ses environs, les agriculteurs connaissent bien le Faidherbia albida. Cet arbre joue un rôle important dans les cultures. Ses feuilles et ses résidus contribuent à enrichir le sol en matière organique, tandis que son système racinaire participe au maintien de sa fertilité. Mais alors que le parc arboré de la zone se dégrade progressivement, cet arbre emblématique du bassin arachidier se fait de plus en plus rare. Toutefois, sa disparition pourrait fragiliser davantage les terres agricoles. Un reportage de Habib Diao.
De notre envoyé spécial à Diohine,
Avec sa hauteur pouvant atteindre 15 à 25 mètres et son écorce gris jaunâtre, le Faidherbia albida, communément appelé Kad en wolof, est facilement reconnaissable au milieu des champs du bassin arachidier sénégalais.
Sa présence n’est pas seulement une question de paysage. Pour Paul Ndiaye, agriculteur à Diohine, le kad est un véritable allié des cultures : « Le kad est l'arbre le plus important dans nos champs, car malgré l'infertilité du sol, si tu as au moins cinq arbres dans ton champ, tu auras une bonne récolte, car tout ce que tu cultives au-dessous de l'arbre sera fertile. Mais l'arbre commence vraiment à se faire rare dans la zone. »
Les experts de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) ont implanté au milieu des champs un site d’étude pour analyser les interactions entre cet arbre et les cultures. Cathy Clermont, ingénieure agronome à l’IRD, s’intéresse particulièrement aux effets du Faidherbia albida sur les sols et les cultures : « On est là sur un site qui s'appelle Faidherbia-Flux, et notre objectif, c'est justement de voir les relations de cet arbre qui est emblématique du Sénégal avec son environnement. Et beaucoup d'agriculteurs nous disent que cet arbre a des effets bénéfiques sur les cultures annuelles qui poussent à proximité. Nous avons quand même déjà des résultats qui permettent de dire : "Attention, planter du Faidherbia albida, c'est très intéressant. L'effet de l'arbre va jusqu'à une distance de 17 mètres autour du tronc." Et donc cette connaissance peut être utilisée pour mieux gérer les apports de fumier dans un contexte où il n'y en a pas beaucoup. »
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Conscientes des bienfaits de cet arbre pour les cultures, les populations font le maximum pour les préserver. Pour Aissatou Faye, représentante d’un mouvement féminin de Diohine, l’élagage des vieux Faidherbia pourrait contribuer à mieux préserver ces arbres. Toutefois, elle dénonce les difficultés rencontrées par les populations, notamment en raison des restrictions imposées par les agents des Eaux et Forêts :
« Les vieux kad qui ne sont pas élagués lèvent les terrasses. Le kad peut vivre des centaines d'années, mais s'il n'est pas élagué, il devient très lourd. À mon avis, ce que les agents des Eaux et Forêts devaient faire, c'est d'élaguer tous les Faidherbia qui sont trop lourds à partir du mois de mai. Si la pluie tombe, ça repousse. Mais ils ont fait en sorte que personne ne touche aux arbres. Donc tout ça, c'est le problème des Eaux et Forêts. »
Dans le bassin arachidier, la disparition progressive de cet arbre rappelle une nécessité : protéger le kad, c’est aussi protéger la terre et l'activité des agriculteurs qui en dépendent.
À lire aussiSénégal: à Diohine, la jachère permet de lutter contre la dégradation des sols Dans une Syrie encore marquée par la guerre, un cinéma itinérant pour les petits… et les plus grands
18/09/2026Des ruines antiques vieilles de 3 000 ans, un décor de cinéma balafré par plus d’une décennie de guerre et, au milieu des cicatrices, un écran de toile pour les enfants. C’est le pari d’Omar Malas, photographe et cinéaste syrien. Avec son cinéma itinérant, il sillonne les routes d’une Syrie encore marquée par la guerre pour ramener un peu de culture et de vie dans les villages. C'est le cas à Palmyre, où quelques milliers d’habitants seulement ont fait le choix de revenir vivre.
De notre envoyé spécial à Palmyre,
La nuit tombe sur Palmyre. Omar Malas installe son cinéma de fortune : un vidéoprojecteur, des enceintes et quelques chaises en plastique. Pas d’écran ce soir : les images sont projetées directement sur un vieux mur de pierre. Au début, ils ne sont que cinq enfants devant la projection. Puis, au fur et à mesure que le film commence, un deuxième rang de chaises se forme. Ils sont bientôt une dizaine.
Parmi les enfants installés devant le mur, Abdel, 12 ans, découvre pour la première fois ce type de cinéma en plein air. « J'étais en train de jouer avec mes amis et Omar est venu nous voir pour nous proposer de venir assister à une projection comme au cinéma et on n’a pas hésité une seconde, s'enthousiasme le garçon. Moi, c’est la première fois de ma vie que je vois un film sur grand écran. »
Pour Omar, ce n’est pas vraiment le film qui compte. Ce qu’il veut, c’est leur faire découvrir autre chose que la guerre, leur offrir un moment de culture et simplement passer du temps avec eux. « Les gens reviennent tout doucement ici, en famille, avec leurs enfants, après 15 ans de guerre. Les enfants qui ont aujourd’hui 10 ans n’ont rien connu d’autre que la guerre, regrette Omar. L’essentiel pour moi, c’est qu’ils oublient les traumatismes qu’ils ont vécus. »
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Quelques heures suspendues
Ce soir, Omar projette Tom et Jerry, des films de Charlie Chaplin et des séries syriennes. Des femmes sortent de chez elles et viennent s’installer sur des tapis, près de l’écran, certaines avec leur narguilé.
Dans cette ville encore largement silencieuse, la musique, les rires et les voix de l’écran créent pendant quelques heures une petite animation. Mais pour faire fonctionner ce cinéma itinérant, Omar doit aussi transporter sa propre source d’électricité. Et parfois, une simple batterie peut devenir indispensable. « Ça, c’est ma batterie externe pour avoir de l’électricité, montre-t-il. Même si ce soir on a tout ce qu’il faut, parfois cette batterie devient vitale car dans des villages, il n’y a aucun jus. »
À Palmyre, ces quelques heures de projection prennent une dimension particulière pour les familles qui viennent tout juste de revenir. Mohamed est venu ce soir avec les siens. Pour lui, pouvoir simplement les amener ici aurait été inimaginable il y a encore quelques années. « Pendant la guerre, c’était impossible qu’une telle initiative voie le jour à cause des milices iraniennes, ou du Hezbollah, souligne ce père de famille. Mais aujourd’hui, grâce à Dieu, on peut amener nos enfants pour qu’ils découvrent et se divertissent. »
La projection terminée, Omar replie son écran, range ses enceintes et reprend la route. Son cinéma itinérant continuera de sillonner la Syrie, village après village, à la rencontre de ceux qui tentent, eux aussi, de reprendre le chemin d’une vie normale.
À lire aussi«La Syrie reste notre pays»: le parcours des réfugiés, un an après la chute de Bachar el-Assad- Si l'été 2026 a été exceptionnel sur le plan de la chaleur et de la sécheresse, en Angleterre comme ailleurs, on se prépare à ce que ce soit la norme dans les prochaines années, en raison du réchauffement climatique causé par l’activité humaine. Dans le sud du pays, le jardin expérimental de la Société royale d’horticulture, à Wisley, tente de s’adapter à des étés de plus en plus chauds et de plus en plus secs, notamment en dupliquant ses collections.
De notre envoyée spéciale de retour de Wisley,
Les pelouses du jardin botanique de Wisley sont roussies par le soleil et la sécheresse. Les hortensias, d’ordinaire bleu pastel et rose fuchsia, craquent sous la brise. Les haies ont particulièrement souffert cette année. « Cet été a été stressant, avec la plus longue période sans pluie jamais enregistrée, alerte Edward Cooper, jardinier en charge des expérimentations. Nos haies se décolorent. Ce hêtre a pourtant 80 ans, il est idéal pour les haies sous notre climat, mais avec l’été qu’on a passé, même les plantes matures sont en stress hydrique. »
Ce jardin botanique possède près de 25 000 espèces de plantes. Mais après cet été inédit en chaleur et en sécheresse, certaines variétés risquent de cesser de pousser. « 20 à 25 % de nos espèces pourraient ne plus être adaptées au sud de l’Angleterre, explique le directeur du jardin, Tim Upson. Par exemple, les hortensias souffrent énormément. On va donc faire des boutures pour les transférer plus au nord, une sorte de police d’assurance. »
Les collections seront ainsi dupliquées dans les autres jardins plus tempérés de la Société royale d’horticulture. Le botaniste ne cache pas une certaine excitation face aux défis climatiques qui l’attendent. « Revenez dans 10, 15, 20 ans ! Nous pourrions bien avoir de nouvelles plantes que vous n’avez encore jamais vues, s'enthousiasme-t-il. Et nos observations pourront servir à l’adaptation au changement climatique, en recommandant des plantes qui filtrent la pollution ou qui soutiennent la biodiversité. »
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Trouver des plantes d'avenir
Ici, le maître mot est l’expérimentation : créer, évoluer, s’adapter. Edward Cooper a passé l’été à trouver les plantes les plus résistantes à la sécheresse. « On a par exemple des plantes qui étaient populaires il y a longtemps, comme les hélianthèmes, poursuit-il. Ils résistent bien à la sécheresse et pourraient être des plantes d’avenir pour les jardins. »
Assis près du grand plan d’eau du jardin botanique, Brian et Deborah sont venus glaner des conseils auprès des équipes d’Edward. « Nous allons devoir arrêter les plantes en pot, elles demandent trop d’eau », conclut Deborah. « Même nos parterres de fleurs ont souffert, nos impatientes, nos bégonias… On va devoir se rabattre sur des fleurs sauvages, plus hautes, pour moins arroser », ajoute Brian.
Après la sécheresse, le Royaume-Uni craint un automne et un hiver particulièrement pluvieux, qui pourraient aussi avoir un impact adverse sur les plantes et les jardins du pays.
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