Pendant des décennies, les chercheurs ont observé un phénomène étonnant : le QI moyen de l’humanité augmentait régulièrement. C’est ce qu’on appelle “l’effet Flynn”, du nom du scientifique James R. Flynn. Mais une récente méta-analyse publiée en 2023, portant sur 300 000 personnes réparties dans 72 pays entre 1948 et 2020, révèle un spectaculaire retournement de tendance.
Entre 1948 et 1985, le QI progressait en moyenne de 2,4 points par décennie. Puis, à partir de 1986, la courbe s’est inversée : le QI moyen diminuerait désormais d’environ 1,8 point tous les dix ans.
Alors, pourquoi ce déclin ?
Une des études les plus célèbres sur le sujet a été publiée en 2018 dans la revue Neurosciences PNAS par les économistes norvégiens Bernt Bratsberg et Ole Rogeberg. Leur travail est colossal : plus de 735 000 tests de QI analysés, provenant de jeunes hommes norvégiens appelés au service militaire.
Leur conclusion est claire : les générations nées après 1975 obtiennent progressivement des scores plus faibles.
Et surtout, les chercheurs montrent que cette baisse ne semble pas principalement génétique. Autrement dit, l’ADN humain n’aurait pas “régressé” en quelques décennies. Les causes seraient surtout environnementales et culturelles.
Plusieurs hypothèses sont avancées.
D’abord, l’évolution des habitudes de lecture. Les générations précédentes lisaient davantage de livres, de journaux et de textes longs. Or, la lecture soutenue stimule fortement la mémoire, le vocabulaire, l’attention et le raisonnement abstrait. Aujourd’hui, nous consommons davantage de contenus courts, fragmentés et rapides.
Ensuite, l’omniprésence des écrans pourrait jouer un rôle. Les chercheurs évoquent un environnement numérique favorisant la distraction permanente, la baisse de concentration et une sollicitation cognitive plus superficielle. Le cerveau s’adapte à ce qu’il pratique le plus souvent.
L’alimentation et le sommeil sont aussi suspectés. Une mauvaise qualité nutritionnelle, le manque d’activité physique ou le déficit chronique de sommeil peuvent affecter les capacités cognitives.
Autre élément important : les tests de QI mesurent surtout certaines formes d’intelligence logique et analytique. Or, notre société valorise désormais d’autres compétences, comme la rapidité de réaction, la gestion multitâche ou les capacités sociales numériques.
Enfin, certains chercheurs rappellent que le QI reste un indicateur imparfait. Une baisse du score moyen ne signifie pas forcément que l’humanité devient “moins intelligente”. Le cerveau humain évolue surtout en fonction de son environnement.
En réalité, cette baisse du QI pourrait surtout révéler une transformation profonde de notre manière de penser, d’apprendre… et de vivre.
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