Le grand invité Afrique

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- En Côte d’Ivoire, les icônes du zouglou, Yodé & Siro, fêtent leurs 30 ans de carrière. Le groupe met en pratique une « danse philosophique », tout en abordant des sujets de la vie quotidienne, mais aussi des questions de société. À la veille de leur concert à Abidjan, samedi 15 août, au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, le duo répond aux questions de RFI.
RFI : Vous célébrez 30 ans de carrière. En 30 ans, comment est-ce que vous avez vu le zouglou évoluer ?
Siro : Vous savez, le zouglou a fait face à beaucoup de diversité de musique, mais le Zouglou est comme un arbre qui a de bonnes racines. Et vraiment, on a vu le zouglou évoluer. On a vu les premiers Zouglou avec Bilé Didié, Poignon, Sur’Choc et autres. Là, on voit la nouvelle génération qui n'a pas connu les tam-tams mais qui s'adaptent et qui font quelque chose de bon.
Il y a 30 ans et aujourd'hui 2026, qu'est-ce que vous avez pu adapter, changer dans votre style musical ?
Siro : Le zouglou s'adapte à tout, ça peut se chanter sur du zouk, du coupé-décalé, de la salsa. Le zouglou ce sont des chants philosophiques qui permettent à l'être humain de se recueillir et d'oublier ses soucis.
Quels sont les tubes que vous voulez nous faire revivre sur scène au cours du concert ?
Yodé : Il y a plein de chansons cultes et comme « La vie », comme « Antilaléca », comme « Victoire ». « Victoire », on dirait que ça a traversé les frontières. Donc plein, plein de tubes.
Dans votre album Héritage qui est sorti en 2020, vous interprétez « Président, On dit quoi », ce titre posait un regard très critique par rapport à la gouvernance. Ça dénonçait notamment les mauvaises conditions de détention. Six ans plus tard, est-ce que vous avez l'impression que les choses ont réellement changé dans le pays ?
Siro : Quand on dénonce, je pense que ça avance. Aujourd'hui, tout le monde est là, le président Gbagbo est là, Blé Goudé est là, tout le monde est là. Notre pays avance, notre pays et notre pays grandit.
Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui trouvent qu'aujourd'hui vous êtes de moins en moins critiques ?
Siro : Mais on ne peut pas critiquer tout le temps, on critique de manière objective. Donc une fois que tu as critiqué de manière objective, que tu vois que les choses s'améliorent, tu vas. Mais en même temps, faut faire attention parce que c'est un pays où il y a du monde. À chaque fois que tu vas envoyer des choses qui peuvent envenimer le pays, ce n’est pas bon, ce n’est pas à tout moment qu’il faut le faire.
Ces derniers jours, une partie du milieu culturel est vent debout par rapport à un décret publié par le ministère de la Culture, qui concerne notamment l'octroi de licences et le paiement d'une caution qui peuvent aller jusqu'à 10 millions de francs CFA pour organiser des spectacles. Est-ce que vous, vous comprenez ces inquiétudes ? Est-ce qu'elles sont fondées ?
Yodé : C'est une nouvelle qui m'a frappée comme ça. Je pense qu'il faut peser le pour et le contre. Ils n'ont qu'à attendre un peu d'abord. Après on va parler de ça. Voilà.
Siro : Vous voyez que même Yodé et moi, nous ne sommes pas du même avis. Le milieu du showbiz, c'est un travail et n'importe qui se lève pour devenir un promoteur. Quand il a un peu d'argent, il devient promoteur. Je pense que ça a été fait pour assainir le milieu. Mais en même temps, qu'ils prennent en compte aussi souvent des anciennetés, parce que 80 % des concerts en Côte d'Ivoire sont des pertes.
Pourquoi ? Parce que ce sont des petites structures qui les organisent ? Elles ne sont pas solides, pas formées ?
Siro : Les spectacles, ça ne rapporte pas toujours. Vous partez au Palais de la culture. 90 % des concerts du Palais de la culture sont des échecs. Les coûts des salles sont énormes et ce n’est pas facile.
Et du coup, qu'est-ce que vous vous suggérez en tant qu'artiste pour mieux structurer ce secteur ?
Siro : En fait, la démarche n'est pas mauvaise, mais qu’ils tiennent aussi de l'ancienneté de certains promoteurs qui se sont ruinés à force d'organiser des spectacles. Il faut qu'on trouve aussi une alternative pour que ces personnes restent toujours dans le milieu et qu'ils aient leur licence pour se relancer.
Au-delà de la musique, vous avez aussi un engagement au niveau de l'environnement ces dernières années. Vous faites du reboisement, vous êtes à près de 1200 hectares, reboisé si je ne me trompe pas. Mais en Côte d'Ivoire, on le sait, le couvert végétal a diminué de 90 %. On est encore loin du compte. Quand vous êtes sur le terrain, quelles sont les difficultés auxquelles vous vous heurtez ?
Siro : C'est la responsabilité des citoyens et ils n'ont pas un comportement éco-citoyen. On avait fait un reboisement à Assinie par exemple. Tu vois quelqu'un qui sort là-bas, qui met du feu à notre reboisement. Il y a tellement de choses et il manque aussi beaucoup de plants. Donc cette année, nous sommes en train d'ouvrir une pépinière que nous allons mettre à la disposition des gens gratuitement avec un suivi.
Yodé, voulez-vous ajouter un mot ?
Yodé : Ce que je voulais ajouter, c'était pour dire aux jeunes que ce que nous faisons comme reboisement, c'est pour notre pays. Donc ils n'ont qu'à se mettre en tête aujourd'hui que ce que nous faisons, c'est pour nos enfants. C'est pour que la Côte d'Ivoire retrouve son couvert forestier. Droits des femmes en Tunisie: «Le risque est de voir le discours conservateur se réinstaller et se normaliser»
13/08/2026Il y a 70 ans jour pour jour, le 13 août 1956, la Tunisie adoptait son Code du statut personnel, l’un des textes les plus progressistes du monde arabe pour les droits des femmes : interdiction de la polygamie, divorce judiciaire pouvant être aussi à l'initiative de la femme, consentement obligatoire de la femme au mariage. Aujourd'hui, alors que la Tunisie célèbre sa Journée nationale de la femme, que reste-t-il de cet héritage et quels sont les combats des féministes tunisiennes ? Hela Ben Salem, secrétaire générale de l'Association tunisienne des femmes démocrates, répond aux questions de RFI.
RFI : Le Code du statut personnel a 70 ans, est-ce que les avancées qu'il avait permises sont menacées aujourd'hui ?
Hela Ben Salem : Le Code du statut personnel a été en 1956 une décision politique et réformatrice qui a profondément transformé la situation des femmes et la société tunisienne de manière générale. Sauf qu'aujourd'hui, lorsqu'on parle des droits des femmes, on ne peut pas les dissocier de la situation démocratique générale, du recul des libertés, de l'État de droit, de l'indépendance, de la justice, de la liberté d'expression et évidemment les droits des femmes de manière générale.
Quels sont les acquis les plus fragilisés aujourd'hui selon vous ?
C'est la structure et la symbolique du CSP principalement qui est en danger. Les tentatives de noyer les femmes à des rôles traditionnels, de remettre en question l'égalité et les acquis obtenus au cours de décennies de lutte. Ce qui est préoccupant, malheureusement, c'est qu’il y a des discours conservateurs aujourd'hui, malheureusement en Tunisie, et ces discours ne sont plus uniquement marginaux. Lorsque les institutions de l'État et les espaces religieux officiels ouvrent leurs portes à des discours réactionnaires et discriminatoires, nous devons nous poser la question : quelle est la position de l'État dans la protection de ces acquis ?
Le Code statut personnel est en vigueur depuis sa promulgation en 1956, et évidemment, une grande partie des réformes ont été portées à l'époque par la volonté politique, surtout après la révolution. Nous avons eu des acquis depuis toujours attendus et portés par le mouvement féministe. Et depuis 2019, malheureusement, nous n'avons eu aucun acquis de ce gouvernement, de ce pouvoir politique, et le risque est de voir le discours conservateur se réinstaller, et se normaliser et devenir progressivement acceptable dans un silence complice de l'État. Du pouvoir, tout simplement.
Quels sont ces thèmes conservateurs qui reviennent sur la place publique ?
C'est principalement ceux qui sont relatifs au statut des femmes. Donc la polygamie ou encore le statut de chef de famille. On ne parle plus non plus de l'égalité en matière d'héritage. La bataille est éminemment politique. Elle n'est pas moins importante que celle pour les libertés individuelles et collectives, parce que, pour nous, en tant que femme démocrate, en tant que féministe, il n'y a pas de démocratie sans égalité. Il n'y a pas d'égalité réelle sans État de droit. On ne veut pas seulement protéger le Code du statut personnel contre tout recul, mais nous voulons poursuivre et approfondir ce projet. Car 70 ans après, les discriminations, les violences, la pauvreté et la précarité persistent.
Quelles sont les réformes que vous défendez, en particulier ?
L'égalité dans l'héritage, l'égalité dans la responsabilité des familles pour abolir l'institution du chef de famille, le droit de la famille de manière générale, parce qu'il y a aujourd'hui des dispositions, par exemple, qui maintiennent encore des différences de traitement entre les femmes et les hommes. Le père est toujours le tuteur des enfants, même en cas de divorce. L'inégalité successorale, c'est l'une des formes de violence économique. C'est important aujourd'hui qu'on consacre des textes pour mettre la femme sur un pied d'égalité avec l’homme, en matière justement d'accès à la terre, d'accès aux ressources, d'égalité dans l'héritage. Tout cela.
Quels sont les courants politiques, par exemple à l'Assemblée, qui mettent en danger les droits des femmes ?
Le discours de certains députés à l'ARP, pas mal de députés qui ont proposé la réforme du Code du statut personnel pour des raisons démographiques, chose qui est étonnante. Chose qui est choquante parce que les femmes ne sont pas des machines de reproduction. Donc, il faut respecter aussi la dignité des femmes, leurs corps, leurs droits sexuels et corporels. Parce que la Tunisie, qu'on le veuille ou pas, possède un héritage réformateur réel.
Le Code du statut personnel a profondément transformé le droit de la famille dès 1956. L’espoir aussi dépend d'une chose essentielle, c'est d'être toujours vigilants et vigilantes en tant que citoyens et citoyennes tunisiens. Après 70 ans, nous ne voulons pas seulement protéger ce qui a été obtenu, mais nous voulons aussi poursuivre le projet d'émancipation et faire de l'égalité une réalité pour toutes les Tunisiennes, tout en sachant que les combats des femmes se poursuivent depuis plus de 36 ans, même au sein de l’ ATFD, [l’Association tunisienne des femmes démocrates, ndlr] , depuis sa création. Donc, de génération à l'autre, ce projet et ce combat est porté par toutes les générations et peu importe le pouvoir politique en place.
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12/08/2026Après 15 mois de crise diplomatique, l’Algérie et le Mali amorcent un rapprochement. Ce lundi 10 août, le Premier ministre algérien a invité son homologue malien à Alger, après le retour de l’ambassadeur malien dans la capitale algérienne début juillet. Des gestes qui démontrent un réchauffement des relations, après la grave crise provoquée en 2025 par la destruction d’un drone malien par l’armée algérienne. Pierre Vermeren, professeur d'histoire contemporaine du Maghreb et du Moyen-Orient à la Sorbonne, est au micro de RFI.
Pourquoi ce rapprochement maintenant ? Et quels sont, pour Alger comme pour Bamako, les enjeux de ce nouveau dialogue au Sahel et dans le Sahara ?
RFI : Ce lundi, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a invité son homologue malien à venir en Algérie pour une rencontre de haut niveau. Début juillet, Bamako avait annoncé le retour de son ambassadeur à Alger. Pourquoi ce rapprochement entre les deux pays intervient-il maintenant ? Qu'est-ce qui a rendu possible ce dégel ?
Pierre Vermeren : Oui, vous avez raison. Et Alger envoie un ambassadeur aussi très expérimenté à Bamako... Je crois qu'il faut prendre en compte, un peu comme dans le cas de la crise avec l'Espagne, même si ça paraît loin, la situation du Sahara occidental qui va être discutée à l'ONU en septembre. Je pense que l'Algérie veut reconstituer un front d'alliés pour faire face à cette question, à l'offensive marocaine, qui promet d'être soutenue par les grandes puissances et qui vise à régler le dossier saharien. Donc, Alger se doit de renouer avec ses voisins. Alors bien sûr, il y a des raisons locales. Ce n'est pas que de la raison liée à l'ONU, avec des raisons internationales. Mais je pense que cette question onusienne liée au dossier saharien est très importante, aussi bien pour Rabat que pour Alger.
Maintenant, en un mot sur la cause locale. Il y a un an, la crise était montée entre Alger et le régime de Bamako, alors même que les deux s'étaient alliés pour chasser l'opération Barkhane et la France il y a quelques années grâce à leurs amis russes. Mais entre-temps, il y a eu une sorte de retournement d'alliance où les Russes et Bamako se sont retournés contre Alger en l'accusant de « soutenir » les groupes terroristes. Le Mali avait même accusé à l'ONU l'Algérie de soutenir le terrorisme au Sahara. Donc, c'est une situation qui n'est pas acceptable à long terme pour Alger. Et on voit aujourd'hui les relations reprendre sur une base assainie, nous dit-on...
Vous venez de le rappeler, les relations entre Alger et Bamako avaient été très dégradées. Est-ce que ces différends importants sont réellement dépassés aujourd'hui ?
Écoutez, le régime de Bamako, toujours allié aux Russes apparemment sur place, combat durement et difficilement ces groupes. Et ces groupes, Alger a toujours eu des liens avec eux directement, ou plutôt peut-être indirectement. Alger se veut un peu comme le protecteur des Touaregs, mais de là à ce qu'il y ait une forme d'hégémonie régionale des Touaregs maliens qui se retournent contre Bamako et au fond qui créent un foyer de déstabilisation pour la région, je pense que ce n'est pas quelque chose qui intéresse Alger, qui veut toujours plutôt avoir des groupes sous sa tutelle et pas forcément qui s'autonomisent. Il y a d'autres ingérences dans la région, il y a les pays du Moyen-Orient, il y a le Maroc, il y a forcément les pressions américaines aussi. Donc, tout ça incite finalement Alger à revenir, à reprendre langue avec le régime de Bamako, qui manifestement est plutôt dans de bonnes dispositions, d'autant plus que ses amis russes ne tiennent pas forcément leurs promesses sur place.
Vous l'avez mentionné, l'Algérie a longtemps été un médiateur entre Bamako et les groupes armés du Nord. Est-ce qu'elle peut retrouver aujourd'hui ce rôle de médiateur justement, et pas seulement d'ailleurs avec le Mali ?
Oui, c'est assez naturel dans la mesure où Alger est une puissance centrale au Sahara. C'est même la puissance centrale au Sahara, dans tout l'ouest de l'Afrique, et qu'elle dispose du plus grand domaine touareg dans son grand Sud, et que les Touaregs maliens, comme d'ailleurs ceux du Niger souvent, ont des passeports algériens. Donc il y a une circulation qui est très ancienne. Tamanrasset est un peu une des capitales de toute cette région. Alger ne veut évidemment pas que ses voisins, tout simplement, lui tournent le dos, parce que pour elle, c'est aussi une question intérieure. Et en plus, elle a des accords avec ses voisins, elle a des ambitions économiques, avec le projet d'oléoduc au Sahara qui pourrait éventuellement passer par le Niger. Tout ça, évidemment, exige une forme de paix et de bonnes relations avec ses voisins.
Par quel levier l'Algérie cherche-t-elle à reconquérir son influence au Sahel ? Quels sont les secteurs les plus stratégiques pour Alger ?
Alors, Alger est confrontée à des puissances islamiques. Le Maroc use beaucoup de son crédit confrérique dans la région, de la statue du Commandeur des croyants très ancienne qui est à l'origine d'ailleurs de l'islamisation d'une partie de cette région. Et puis il y a l'influence des monarchies aussi, du Golfe, voire des Turcs qui, eux, agissent par des réseaux salafistes plutôt. Et Alger ne peut pas utiliser ce capital religieux, même si la religion n'est jamais loin - parce qu'il y a aussi des confréries en Algérie, évidemment. Mais surtout, Alger va utiliser sa force militaire, sa situation géostratégique et axer sur ce qu'elle peut faire. Par exemple, elle vient d'offrir des hélicoptères au Niger.
Il faut rappeler qu'Alger est la première puissance militaire de la région, de très loin, qu'elle a un budget militaire considérable et qu'elle peut apparaître comme une force de stabilisation, de sécurisation et aider des régimes comme celui de Bamako ou du Niger aussi, qui n'ont pas beaucoup de moyens. Il y a une disproportion tellement grande entre l'armée algérienne et ses voisines du Sud qu'Alger, évidemment, va utiliser sa force -pétrole aussi peut-être- mais surtout sa force militaire et géostratégique pour jouer la force de stabilisation. Ce n'est pas le même plan évidemment que le plan religieux de ses adversaires.
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11/08/2026De nouveaux combats ont eu lieu début août dans l’ouest du Tigré, à la frontière avec le Soudan. Il s’agit des deuxièmes affrontements signalés entre les forces fédérales éthiopiennes et les forces tigréennes depuis le début de l’année. Alors que le gouvernement fédéral et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) ont multiplié les déclarations de plus en plus hostiles ces derniers mois, faut-il craindre une reprise du conflit entre Addis-Abeba et le Tigré ? Réponses avec René Lefort, chercheur spécialiste de l’Éthiopie.
RFI : Il y a eu de nouveaux combats le samedi 1ᵉʳ août au Tigré, dans le nord de l'Éthiopie, entre l'armée fédérale et le Front de libération du peuple du Tigré, le TPLF. Que s'est-il passé exactement ? Est-ce que c'est le début d'une nouvelle guerre au Tigré ?
René Lefort : Ce qui s'est réellement passé là-bas reste largement mystérieux. On sait simplement qu'il y a eu des combats qui ont commencé un matin et qui ont fini dans l'après-midi, qui ont impliqué des drones, de l'aviation et de l'artillerie. Maintenant, le problème numéro un, c'est qu'Addis-Abeba est totalement mutique, n'a pas dit un mot sur ces affrontements. Donc, tout ce que l'on sait vient du Front populaire de libération du Tigré. Alors, bien sûr, le Front populaire du Tigré a expliqué que c'est une immense victoire, qu'il avait écrasé l'ennemi qu'il avait attaqué. Quelle a été réellement l'ampleur des combats ? On ne le sait pas.
Quelles étaient les forces impliquées dans ces combats ?
Il n'y a pas de troupes régulières tigréennes dans cette partie du pays. Elles sont à 100 kilomètres plus à l'est. Ceux qui seraient intervenus seraient ce qu'on appelle l'armée 70, c'est-à-dire une armée affiliée aux Tigréens qui s'est constituée au Soudan à partir de soldats tigréens qui, lors des combats de 2020, ont fui au Soudan, etc. D'un côté, il y aurait donc cette armée 70. De l'autre, il y aurait l'armée fédérale.
Pourquoi ont-ils éclaté précisément dans le Tigré occidental ?
En 1991, lorsque les Tigréens sont arrivés au pouvoir, ils ont donc décidé que le Tigré de l'Ouest serait Tigréen. C'est d'une très grande importance parce que cette région-là est une région extrêmement riche du point de vue agricole, en particulier pour la production du sésame que l'Éthiopie exporte largement. Lorsque la guerre s'est déclenchée en 2020, une des toutes premières choses que les forces fédérales ont faite, c'est d'annexer de facto l'Ouest tigréen et d'y procéder à une véritable épuration ethnique. Depuis ce moment-là, le million de réfugiés tigréens qui sont partis de l'Ouest du Tigré reste dans des camps de réfugiés au Tigré même.
Est-ce que les deux camps ont les moyens militaires et politiques de reprendre une guerre d'ampleur aujourd'hui ?
D'un côté, les forces fédérales sont complètement saturées parce qu'elles font face à des guerres internes à l'Éthiopie. L'État a perdu le contrôle de pans entiers de son territoire avec une insécurité grandissante partout. Ensuite, le moral au sein des forces fédérales serait extrêmement bas. Les désertions sont massives et lorsqu'il y a des combats, il semblerait que les troupes fédérales ne se battent pratiquement pas, se rendent ou s'en vont. De l'autre côté, la situation dominante au Tigré est celle de l'épuisement. Il faut rappeler que la guerre de 2020-2022 a fait 600 000 morts. S'y ajoute surtout un blocus terrible. C'est-à-dire que l'essence, il n'y en avait pratiquement plus. Les médicaments, il n'y en avait pratiquement plus. L'argent n'arrive plus parce que les fonctionnaires ne sont plus payés depuis l'automne. La population, elle-même, ne veut plus entendre parler d'une guerre. Elle aspire en tout et pour tout à enfin retrouver la paix. Cette aspiration à la paix est tellement forte qu'il y a une désertion massive des jeunes tigréens pour échapper à la conscription.
Quels sont les objectifs du TPLF ? Qu'aurait-il à gagner avec une guerre contre le gouvernement ?
Je pense que si le TPLF se lance dans une guerre, c'est qu'il estime que toute discussion avec le pouvoir d'Addis-Abeba est impossible ou ne mènera à rien, et qu'il n'a donc pas d'autre solution que la guerre pour arriver à lever ce blocus, tout simplement d'au moins que les biens et l'argent arrivent au Tigré.
Addis-Abeba accuse le TPLF de se rapprocher de l'Érythrée. Que sait-on réellement de ce rapprochement ?
Les Tigréens le présentent comme des relations seulement de peuple à peuple et sans vraiment de dimension officielle. C'est absolument faux. Leurs dirigeants se rencontrent régulièrement et donc discutent de cette coopération entre l'Érythrée depuis qu'Issayas Afewerki est au pouvoir. Ça veut dire presque 40 ans de jouer le rôle de parrain dans l'ensemble de la Corne de l'Afrique. En même temps, aujourd'hui, l'Érythrée sort de son ghetto. Il y a eu une rencontre entre Massad Boulos, l'envoyé spécial de Trump pour l'Afrique et les pays arabes qui a rencontré Issayas Afewerki. Il est clair qu'il y a là quelque chose qui se passe.
Peut-on parler d’un risque de régionalisation du conflit avec le Soudan ?
Il y a deux blocs qui se sont constitués. Un premier bloc comprend l'Égypte, essentiellement parce qu'elle est en bagarre depuis des années avec l'Éthiopie à propos du grand barrage de la Renaissance, dont elle estime qu'il risque de la priver de l'eau du Nil, qui pour l'Égypte est vitale. Donc un bloc qui comprend Égypte, Érythrée, Soudan, Al-Burhan du Soudan, et l'Arabie Saoudite, d'un côté, plus les guérillas du Tigré, de la région Amhara et de l'Oromia. L'autre camp consiste essentiellement en l'Éthiopie et les Émirats arabes unis, qui maintenant sont des soutiens presque déterminants de l'Éthiopie, en particulier depuis la guerre de 2020, les Forces de soutien rapides (FSR) et le Sud-Soudan. On assiste donc à une véritable polarisation régionale des conflits et, de fil en aiguille, la constitution d'alliances selon le vieux principe « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ».
Pour terminer, qu'est-ce qui pourrait aujourd'hui empêcher une nouvelle guerre ?
Ce qui pourrait empêcher la guerre, c'est tout simplement la raison. Il est sûr et certain qu'une guerre entre le Tigré et Addis-Abeba, de fil en aiguille, s'étendrait à l'ensemble de la Corne étant donné le jeu des alliances, et serait absolument dévastatrice pour tout le monde. Donc on peut espérer que la raison prévaudra. Jusqu'à maintenant, en tous les cas, elle a prévalu. Le deuxième facteur qui pourrait empêcher cette guerre, c'est la pression extérieure. Or, la pression extérieure des États-Unis, surtout de l'Union européenne un peu, est très claire, surtout pas de guerre. L'Éthiopie a absolument besoin de l'aide internationale pour survivre économiquement. Cette aide nationale vient principalement aujourd'hui du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Or, l'influence des États-Unis dans ces deux institutions est telle que, s'ils le veulent, ils pourraient freiner ou bloquer l'aide de ces institutions à l'Éthiopie. Et ça, ça serait un coup irréparable pour l'Éthiopie.
À lire aussiÉthiopie: reprise des combats entre l’armée et les rebelles tigréens- En RDC, le gouvernement assure que les responsables politiques et militaires des FDLR ont donné leur accord au protocole de désarmement et de démobilisation annoncé fin juillet. Mais plusieurs questions restent ouvertes : le calendrier opérationnel n’est toujours pas validé, le nombre de combattants concernés reste inconnu et le sort de ceux qui refuseraient de rentrer au Rwanda doit encore être réglé. Kinshasa affirme avoir obtenu l’accord d’un pays africain pour accueillir certains d’entre eux, sans révéler lequel. Le ministre congolais de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, est l’invité de RFI.
RFI : Vous pilotez depuis plusieurs mois ce dossier sensible des FDLR. On va parler de votre protocole, celui que le gouvernement congolais a signé avec justement ces mouvements. Quelle est la principale nouveauté de ce protocole par rapport aux nombreuses autres initiatives précédentes sur FDLR ?
Floribert Anzuluni : Ce protocole est un véritable tournant parce que dans ce protocole, à travers ce protocole, les FDLR s'engagent très clairement à participer à ce processus de désarmement, de démobilisation et de cantonnement par la sensibilisation. Cela implique donc un processus qui se fait de manière volontaire. Aujourd'hui, les leaders politiques et militaires des FDLR sont pleinement impliqués dans ce processus de démobilisation eux-mêmes. Donc, au-delà des combattants, c'est un premier élément. Deuxième élément important, c'est que ce protocole est signé dans un contexte complètement nouveau. Il est signé dans un contexte où la RDC a signé un accord de paix, le 4 décembre dernier (2025), sous la facilitation américaine du président américain avec le Rwanda.
Mais sur le plan opérationnel, monsieur le ministre, ce protocole signé fin juillet porte la signature de Victor Byiringiro, qui est responsable politique de la branche FOKA. Le général Omega, commandant militaire de cette même branche, est présenté par les Nations Unies comme le chef suprême de l'ensemble des FDLR. A-t-il lui aussi signé ou adossé cette initiative ?
Je peux vous assurer que dans tout ce processus de sensibilisation, que ce soit la branche politique ou militaire, les deux branches ont clairement donné leur accord pour pouvoir valider les principes qui se trouvent dans cet accord. Celui qui a signé est simplement celui qui est en tout cas officiellement habilité à représenter l'ensemble du mouvement dans ce genre de processus.
À quelle échéance les opérations de démobilisation pourront-elles effectivement commencer ?
Nous avons une proposition de plan d'opérationnalisation qui existe. Nous avons une proposition de chronogramme qui existe et nous avons une proposition de budget qui existe. C'est pour ça que je ne peux pas rentrer dans ces détails. Vous pouvez le comprendre. Aujourd'hui, la validation de tous ces éléments est en cours et je peux vous assurer que très prochainement, nous reviendrons avec les détails.
Ce sera dans un mois, dans deux mois ...
Nous arriverons beaucoup plus rapidement que ça. Il y a une urgence. Nous voulons, comme je vous l'ai dit, nous sommes déterminés à mettre un terme à cette question des FDLR qui, pour nous, nous l'avons toujours dit, est une instrumentalisation.
Vous avez indiqué qu'un pays africain était prêt à accueillir les combattants qui refuseraient de rentrer au Rwanda. Quel est ce pays ?
Là également, des discussions sont en cours. Un pays a effectivement donné son accord. Nous sommes en discussion continue et très prochainement – un peu de patience – nous allons prochainement officialiser le nom de ce pays. Mais le pays existe bel et bien. Et là aussi vous devriez noter l'alternative que nous avons trouvée au cas où le retour ne serait pas possible. Nous avons trouvé comme alternativ la relocalisation pour ne pas que cette question continue à être instrumentalisée. Donc ces FDLR qui vont être démobilisés. Ceux qui seront confortables pour un retour rentreront au Rwanda. Ceux qui ne le seront pas auront alors l'opportunité de pouvoir être relocalisés dans un ou plusieurs pays. Pour l'instant, je n'en dis pas plus.
Mais comment avancer dans ce processus quand même les estimations du nombre de combattants FDLR varient fortement selon les sources, entre environ 3 000 et plus de 20 000 ? Quel chiffre votre gouvernement retient-il aujourd'hui pour planifier le cantonnement et la démobilisation ?
Ce cadre que nous mettons en place va permettre à tous les combattants de pouvoir y participer. Maintenant qu'il y en ait... Aujourd'hui, nous, nous pourrons dire qu'il y en a 500. Les Rwandais pourront dire 10 000, d'autres 5 000. Le plus important aujourd'hui, c'est que ce processus puisse permettre à tous ces combattants qui vont, vous l'avez dit, être identifiés. Ça aussi, ça fait partie des étapes. Nous avons des idées de localisation. Il va falloir maintenant déterminer le nombre exact au-delà, on va dire, des éléments que chaque partie prenante détient. Et à partir de ce moment-là, ils seront démobilisés.
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