En 2015, l'idée du Brexit avait inspiré le gouvernement nationaliste et conservateur de l'époque en Pologne. Le parti Droit et Justice, alors au pouvoir et en bras de fer permanent avec l'Union européenne, avait suggéré l'idée d'un Polexit, soit un Brexit à la polonaise. L'idée a depuis été enterrée. Mais aujourd'hui, alors que Varsovie est le moteur économique de l'Union européenne et que la coalition pro-européenne de Donald Tusk dirige le pays, le Polexit fait son grand retour dans le débat public.
De notre correspondant à Varsovie,
Le veto du président Karol Nawrocki au programme d'armement européen SAFE a ravivé le spectre jusqu'ici oublié du Polexit, une sortie de la Pologne de l'Union européenne. En refusant de signer la loi permettant à la Pologne de recevoir les crédits SAFE, le chef de l'État a justifié sa décision par des motifs souverainistes. « J'ai pris la décision de ne pas signer la loi qui permet à la Pologne de recevoir les crédits SAFE. En effet, jamais je ne signerai une loi qui entrave notre souveraineté, notre indépendance, notre sécurité économique et militaire », a-t-il déclaré. Une rhétorique eurosceptique qui n'a pas manqué d'attirer l'attention des commentateurs et des responsables politiques.
Le Premier ministre Donald Tusk a été le premier à formaliser les craintes en réintroduisant le terme de Polexit, qu'il présente désormais comme une menace réelle. « Ce qu'il est en train de se passer actuellement avec le président Nawrocki, le président du PiS Jarosław Kaczynski et les deux partis de Konfederacja, encore plus à droite, c'est une dérive ouvertement anti-européenne. Une hystérie anti-allemande, une réticence grandissante à soutenir la Pologne qui combat la Russie. Alors, appelons un chat un chat : ceux qui disent que ce sont les prémices du Polexit ont malheureusement raison », a-t-il assené. Un ton alarmiste que les responsables du parti Droit et Justice (PiS) jugent excessif, voire infondé. Le député Przemyslaw Czarnek a même tourné cette accusation en dérision, préférant parler de « Tusk-Exit » avant de lancer : « À bas le gouvernement ! »
Pourtant, selon Malgorzata Kopka-Piatek, chercheuse à l'Institut d'affaires publiques de Varsovie, les élections législatives prévues l'an prochain pourraient rebattre les cartes. Le PiS, en quête de majorité, pourrait être contraint de s'allier avec deux formations souverainistes encore plus radicales, Konfederacja et Konfederacja de la Couronne polonaise. « Or, ces deux partis se positionnent très clairement contre l'Union européenne et pourraient exiger le Polexit comme condition sine qua non à leur participation au gouvernement du PiS », explique-t-elle. La chercheuse souligne également le rôle clé du président de la République, dont les positions eurosceptiques sont connues. « Tous ces éléments pourraient créer un effet domino. Or, il suffit d'un vote à la Diète [la chambre basse du Parlement, NDLR] et d'une signature du président pour faire sortir la Pologne de l'Union européenne », avertit-elle.
Un autre facteur pourrait jouer en défaveur du maintien de la Pologne dans l'UE : la fin prochaine des avantages financiers qui ont jusqu'ici rendu l'Europe populaire auprès des Polonais. « Selon les estimations, la Pologne devrait devenir un contributeur net au budget de l'Europe à partir de 2034. L'Union perdra donc ce qui la rendait attractive en Pologne, à savoir les avantages financiers colossaux dont le pays a bénéficié jusque-là », analyse Malgorzata Kopka-Piatek. Dans ce contexte, la tentation du Polexit pourrait séduire une partie croissante de l'électorat.
Avec les élections législatives d'octobre 2027 en ligne de mire, ce débat pourrait s'imposer comme l'un des thèmes centraux de la campagne. Entre rhétorique souverainiste, alliances politiques incertaines et calculs budgétaires, l'avenir européen de la Pologne semble plus que jamais incertain.
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