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- Quand un artiste sort une nouvelle collection de chansons, on dit qu’il publie un « album ». Mais pourquoi ce mot, qui désigne aussi un recueil de photographies, s’est-il imposé dans l’univers musical ? La réponse nous ramène à une époque où les disques ressemblaient davantage à des livres qu’aux vinyles que nous connaissons aujourd’hui.
Tout commence avec le mot latin albus, qui signifie « blanc ». Dans la Rome antique, on appelait album un tableau blanchi sur lequel étaient affichées des informations publiques. Au fil des siècles, le terme a évolué pour désigner un cahier ou un recueil destiné à conserver des souvenirs, des dessins ou des photographies.
Au XIXe siècle, les albums de photographies deviennent particulièrement populaires. Ils se présentent sous la forme de grands livres reliés, contenant des pages dans lesquelles on glisse des images.
Et c’est précisément ce principe qui va inspirer l’industrie musicale.
Au début du XXe siècle, les enregistrements sont commercialisés sur des disques tournant généralement à 78 tours par minute. Leur principal défaut ? Leur durée extrêmement limitée : environ trois à cinq minutes par face.
Imaginez maintenant que vous souhaitiez écouter une symphonie de quarante minutes. Impossible de la faire tenir sur un seul disque ! Il faut plusieurs disques, parfois cinq ou six, voire davantage.
Pour les ranger et les vendre ensemble, les fabricants imaginent alors des coffrets ressemblant à des albums photographiques. Chaque disque possède sa propre pochette, et toutes ces pochettes sont reliées dans un volume, comme les pages d’un livre.
On appelle naturellement ces recueils des « albums de disques ».
Dans les années 1930, les maisons de disques commencent à commercialiser des ensembles cohérents d'enregistrements, réunissant les œuvres d’un même artiste ou d’un même compositeur.
Puis survient une révolution technique.
En 1948, la maison Columbia Records introduit le disque microsillon 33 tours longue durée, appelé LP, pour Long Playing. Grâce à ses sillons beaucoup plus fins, un seul disque peut désormais contenir environ vingt minutes de musique par face.
Plus besoin de réunir cinq ou six disques dans un gros livre ! Un unique vinyle suffit souvent à contenir toute une collection de morceaux.
Mais le mot « album », lui, reste.
Et il survivra à toutes les évolutions technologiques : les cassettes, les CD, puis les plateformes de streaming.
Aujourd’hui, lorsqu’on écoute un album sur Spotify, on utilise donc un mot hérité d’un objet disparu : ce grand livre dans lequel nos arrière-grands-parents rangeaient leurs disques.
Une belle illustration de la façon dont les mots survivent parfois aux technologies qui les ont fait naître.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Votre prénom peut-il prédire vos résultats au baccalauréat ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, les statistiques montrent des différences spectaculaires selon les prénoms.
En 2015, le sociologue Baptiste Coulmont a analysé les résultats d’environ 350 000 candidats au baccalauréat général et technologique ayant obtenu au moins 8 sur 20, et dont les résultats étaient accessibles.
Et les chiffres sont saisissants.
Parmi les 328 candidates prénommées Joséphine, 22 % ont obtenu la mention « très bien ». Chez les 982 Dylan, cette proportion tombe à seulement 2,6 %. Autrement dit, les Joséphine ont été proportionnellement huit fois plus nombreuses à décrocher cette distinction.
Et ce n’est pas tout !
Toujours en 2015, plus de 20 % des Diane et des Alice ont décroché la mention « très bien ». À l’autre extrémité, seuls 0,8 % des 247 Bryan ont obtenu cette distinction. Les Mohamed et les Anissa affichaient également des taux inférieurs à 2 %.
Entre ces extrêmes, certains prénoms se situent dans la moyenne. Ainsi, environ 11,5 % des 4 000 Camille ont obtenu une mention « très bien ». Exactement la même proportion que les 200 candidats prénommés Alban.
Ces différences se retrouvent d’une année à l’autre.
En 2014, 21,7 % des 341 Adèle avaient décroché une mention « très bien », contre seulement 2,4 % des 205 Wendy.
En 2016, ce sont les Diane qui arrivent en tête : 26 % des 245 candidates obtiennent la meilleure mention. Suivent notamment Esther avec 25 %, Joséphine avec 24 %, Alice avec 23 % et Victoire avec environ 22 %.
À l’inverse, seulement 1 % des Bryan obtiennent cette mention, 2 % des Dylan, 3 % des Jordan et environ 4 % des Kevin.
Mais pourquoi de tels écarts ?
La réponse tient principalement à l’origine sociale. Les prénoms sont socialement marqués : certaines familles favorisées choisissent plus fréquemment des prénoms comme Joséphine, Diane ou Apolline, tandis que Dylan ou Bryan sont davantage associés à certains milieux populaires.
Or, les enfants de familles favorisées disposent statistiquement de meilleures conditions pour réussir leurs études.
Le prénom révèle aussi des différences de parcours scolaire : certains sont beaucoup moins représentés parmi les candidats au bac que parmi les enfants nés dix-huit ans auparavant.
Attention, donc : ces chiffres ne mesurent pas l’intelligence et ne prédisent pas le destin d’un individu. Ils illustrent une corrélation, non une causalité.
Ce n’est pas le prénom qui détermine la réussite scolaire, mais les inégalités sociales qu’il peut contribuer à révéler.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Johannes Gutenberg est l’un des hommes qui ont le plus profondément changé l’histoire de l’humanité. Pourtant, l’inventeur de l’imprimerie moderne n’a jamais fait fortune grâce à sa découverte. Pire encore : il a perdu le contrôle de son entreprise au profit de celui qui l’avait financée.
Comment expliquer un tel paradoxe ?
Tout commence vers 1450, à Mayence, dans l’actuelle Allemagne. Gutenberg met au point un procédé révolutionnaire : l’impression à l’aide de caractères métalliques mobiles, réutilisables et assemblés pour former des pages entières.
Certes, des techniques d’impression existaient déjà en Asie. Mais Gutenberg perfectionne en Europe un système permettant de reproduire les textes beaucoup plus rapidement qu’en les recopiant à la main.
Seulement, son invention coûte extrêmement cher à mettre en œuvre. Il faut fabriquer les caractères, construire les presses, acheter du papier et rémunérer les ouvriers.
Gutenberg manque d’argent.
Il fait alors appel à Johann Fust, un riche bourgeois de Mayence, qui lui avance environ 1 600 florins en plusieurs versements. Une somme considérable.
Grâce à cet investissement, Gutenberg entreprend l’impression de sa célèbre Bible à 42 lignes. Environ 180 exemplaires sont produits, une prouesse extraordinaire pour l’époque.
Mais avant même que cette innovation puisse lui rapporter une fortune, la situation tourne au cauchemar.
En 1455, Fust réclame le remboursement des sommes avancées, augmentées des intérêts. Gutenberg ne peut satisfaire ses exigences.
L’affaire se termine devant la justice.
Les documents conservés ne permettent pas de reconstituer entièrement le jugement. Mais Gutenberg perd vraisemblablement une grande partie du matériel et de l'activité consacrée à l'impression de sa Bible.
Fust, lui, s'associe à Peter Schöffer, ancien collaborateur de Gutenberg. Ensemble, ils développent une imprimerie prospère, exploitant et perfectionnant cette technologie révolutionnaire.
Gutenberg se retrouve ainsi privé d'une grande partie des bénéfices commerciaux de son innovation.
Il semble avoir poursuivi certaines activités d'impression, mais sans retrouver la position dominante qu'il aurait pu espérer.
Son sort s'améliore finalement en 1465, lorsque l'archevêque de Mayence, Adolphe de Nassau, le nomme parmi les membres de sa cour.
Contrairement à une idée répandue, il ne s'agit pas véritablement d'un anoblissement. Gutenberg reçoit surtout des avantages matériels : des vêtements, du grain, du vin et des exemptions fiscales. De quoi lui assurer une certaine sécurité.
Il meurt en 1468, sans avoir accumulé de grande fortune.
L'ironie de l'histoire est saisissante : Gutenberg a permis la diffusion massive des connaissances, transformant durablement la religion, la science et la culture européennes.
Mais celui qui a révolutionné la circulation des idées n'a jamais réussi à transformer son génie en richesse personnelle.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - « Ce film est basé sur une histoire vraie. » « Cette décision est basée sur des faits scientifiques. » « Mon raisonnement est basé sur une étude récente. »
Ces expressions vous semblent parfaitement naturelles ? Pourtant, selon l’Académie française, elles sont toutes incorrectes !
Pourquoi ? Parce que l’expression « basé sur » serait un anglicisme, autrement dit une construction empruntée à l’anglais.
Pour comprendre, il faut revenir à l’origine du verbe « baser ».
En français, le mot « base » désigne d’abord ce sur quoi repose quelque chose : la base d’un bâtiment, d’une colonne ou d’une construction. Le verbe « baser » a ensuite été utilisé dans le vocabulaire militaire.
On peut ainsi dire qu’une unité militaire est « basée » dans une ville, ou que des troupes sont « basées » près d’une frontière. Il s’agit alors de leur lieu de stationnement.
Mais lorsque nous affirmons qu’un film est « basé sur » une histoire vraie, nous employons le verbe dans un sens figuré, pour signifier qu’il repose sur cette histoire.
Et c’est précisément cet emploi que critique l’Académie française.
En anglais, l’expression « based on » est parfaitement correcte et extrêmement courante. On dira par exemple « based on a true story », pour désigner un film inspiré de faits réels.
Sous l’influence de l’anglais, cette construction s’est progressivement imposée dans notre langue, au point de devenir presque automatique.
Pourtant, le français dispose déjà de plusieurs expressions équivalentes.
Plutôt que « un raisonnement basé sur des faits », on préférera « un raisonnement fondé sur des faits ».
Plutôt que « une décision basée sur des statistiques », on pourra dire « une décision établie à partir de statistiques ».
Et plutôt que « un film basé sur une histoire vraie », on choisira « un film inspiré d’une histoire vraie ».
Cette question linguistique ne date d’ailleurs pas d’hier.
Au XIXe siècle, le philosophe et homme politique Pierre-Paul Royer-Collard s’opposa tellement à l’entrée du verbe « baser » dans le dictionnaire de l’Académie qu’il aurait lancé cette formule célèbre : « S’il entre, je sors ! »
Mais attention : tous les linguistes ne partagent pas aujourd’hui la sévérité de l’Académie. Certains dictionnaires, notamment Usito, reconnaissent parfaitement l’emploi figuré de « baser sur », désormais très répandu.
Il ne s’agit donc pas d’une erreur universellement reconnue, mais d’un usage contesté.
Alors, pour éviter toute critique et privilégier un français soigné, un conseil : remplacez « basé sur » par « fondé sur », « établi sur » ou « reposant sur ».
Une petite modification qui suffit à respecter les recommandations de l’Académie française !
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - En 1910, à Paris, un tableau exposé au prestigieux Salon des Indépendants attire l’attention. Son titre : Et le soleil s’endormit sur l’Adriatique, également appelé Coucher de soleil sur l’Adriatique. Son auteur : Joachim-Raphaël Boronali, un mystérieux peintre italien.
La toile présente des couleurs vives, des formes indistinctes, une composition presque abstraite. Certains critiques y voient une audacieuse expression de l’art moderne. D’autres sont plus sceptiques.
Mais personne ne soupçonne l’incroyable vérité : le tableau a été peint par un âne !
Derrière cette supercherie se cache Roland Dorgelès, un jeune écrivain français, futur auteur des Croix de bois. Avec quelques complices, il décide de ridiculiser les excès de la peinture d’avant-garde, qu’il juge parfois incompréhensible et prétentieuse.
Son idée est simple : démontrer qu’une œuvre produite au hasard peut être prise au sérieux dès lors qu’elle est présentée comme de l’art.
Le 8 mars 1910, Dorgelès se rend au Lapin Agile, célèbre cabaret de Montmartre. Il emprunte Lolo, l’âne du propriétaire, et lui attache un pinceau à la queue.
Devant une toile blanche, les complices offrent à l’animal des carottes et des feuilles de tabac. Chaque mouvement de sa queue dépose de nouvelles traces de peinture.
En trois quarts d’heure environ, le chef-d’œuvre est terminé !
Pour rendre la mystification crédible, Dorgelès invente un artiste italien, Joachim-Raphaël Boronali. Un nom qui n’est autre que l’anagramme d'Aliboron, appellation traditionnelle de l’âne.
Il imagine même un mouvement artistique fictif : l’« excessivisme », censé révolutionner la peinture.
Le tableau est accepté au Salon des Indépendants, une exposition sans jury de sélection. Puis Dorgelès révèle publiquement la supercherie, preuves photographiques et constat d’huissier à l’appui.
L’affaire provoque un immense éclat de rire, mais aussi un débat passionné.
Dorgelès voulait dénoncer l’autorité artificielle que peuvent conférer un cadre, une signature prestigieuse ou une exposition.
Quelques années plus tard, Marcel Duchamp posera, dans un esprit différent, une question voisine en présentant des objets ordinaires comme des œuvres d’art, notamment son célèbre urinoir en 1917.
Mais le paradoxe le plus fascinant reste ailleurs.
Si une peinture provoque une émotion esthétique, cette émotion disparaît-elle lorsqu’on découvre qu’elle a été réalisée par un animal ?
Autrement dit, la valeur d’une œuvre dépend-elle de ce que nous voyons, ou de ce que nous croyons savoir de son créateur ?
Plus d’un siècle après, l’âne Lolo continue ainsi de poser une question fondamentale : qu’est-ce qui fait véritablement d’un objet une œuvre d’art ?
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