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- Aujourd’hui, entrer dans un ascenseur et appuyer sur un bouton paraît parfaitement banal. Pourtant, pendant des décennies, prendre l’ascenseur nécessitait l’intervention d’un véritable professionnel : l’opérateur d’ascenseur.
Son travail ne consistait pas simplement à appuyer sur un bouton. Il devait actionner manuellement une commande pour faire monter ou descendre la cabine, ralentir au bon moment et s’arrêter précisément au niveau de l’étage. Dans les grands immeubles, les hôtels et les magasins, ces employés étaient indispensables.
Mais en septembre 1945, à New York, cette dépendance va brutalement apparaître comme une faiblesse.
Environ 15 000 opérateurs d’ascenseurs et employés du bâtiment se mettent en grève. Pendant plus d’une semaine, des milliers d’ascenseurs deviennent inutilisables ou fonctionnent très difficilement.
Et dans une ville déjà largement verticale, les conséquences sont considérables.
On estime qu’environ 1,5 million de personnes sont affectées. Certains bureaux deviennent pratiquement inaccessibles. Des employés doivent monter des dizaines d’étages à pied. Des activités commerciales ralentissent et des livraisons sont perturbées. La presse de l’époque évoque des pertes économiques se chiffrant en dizaines de millions de dollars.
Cette grève révèle surtout quelque chose aux propriétaires d’immeubles : leurs bâtiments dépendent d’une main-d’œuvre dont l’absence peut quasiment les paralyser.
Or une solution technologique existe déjà.
Depuis plusieurs années, les fabricants développent des ascenseurs capables de fonctionner sans opérateur. L’usager entre dans la cabine, appuie sur le bouton correspondant à son étage et un système électrique contrôle automatiquement le déplacement et l’arrêt.
Le problème est alors moins technique que psychologique.
Beaucoup de gens hésitent encore à monter seuls dans une cabine commandée par une machine. L’opérateur rassure : sa présence donne l’impression que quelqu’un contrôle réellement l’ascenseur.
La grève de 1945 contribue à modifier ce calcul. Pour les propriétaires, l’automatisation devient non seulement un moyen de réduire les coûts de personnel, mais aussi de rendre leurs immeubles moins vulnérables aux conflits sociaux.
Dans les années suivantes, les ascenseurs automatiques se multiplient. Les fabricants travaillent aussi à rassurer le public : portes automatiques, boutons lumineux, alarmes, téléphones d’urgence et campagnes expliquant que ces nouvelles machines sont sûres.
La disparition des opérateurs ne se produit donc pas du jour au lendemain. Elle résulte d’une évolution technologique commencée bien avant 1945.
Mais la grande grève new-yorkaise aura joué le rôle d’accélérateur.
Ironie de l’histoire : en voulant démontrer à quel point leur travail était indispensable, les opérateurs ont aussi montré aux propriétaires pourquoi il pouvait être avantageux de s’en passer.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - La bière est aujourd’hui volontiers associée à un univers masculin. Pourtant, si l’on remonte à ses origines, les femmes occupent une place centrale dans son histoire.
Tout commence il y a plusieurs milliers d’années, lorsque les humains commencent à cultiver des céréales au Proche-Orient.
Selon un récit souvent raconté sur l’origine de la bière, des femmes chargées de préparer le pain auraient un jour laissé des grains d’orge à l’extérieur. Exposés à l’humidité, ceux-ci auraient commencé à germer. Plutôt que de les jeter, elles les auraient utilisés. Mélangées à de l’eau puis abandonnées quelque temps, les céréales auraient fermenté naturellement grâce aux levures présentes dans l’environnement.
Le résultat ? Une boisson trouble, légèrement alcoolisée : une forme primitive de bière.
Cette histoire est séduisante, mais il faut être prudent : nous ne savons pas qui a réellement « inventé » la bière, ni si sa découverte s’est produite exactement de cette manière.
Ce que l’archéologie montre en revanche, c’est que des boissons fermentées à base de céréales existaient déjà il y a plus de 10 000 ans au Proche-Orient. Et quelques millénaires plus tard, en Mésopotamie, la bière occupe une place considérable dans la vie quotidienne.
C’est là que les femmes entrent véritablement en scène.
Chez les Sumériens, vers le troisième millénaire avant notre ère, la fabrication et la vente de bière sont notamment associées aux femmes. Certaines tiennent même des tavernes. Plus révélateur encore : la divinité sumérienne de la bière est une déesse, Ninkasi.
Un célèbre texte, l’« Hymne à Ninkasi », datant du deuxième millénaire avant notre ère mais probablement issu d’une tradition plus ancienne, décrit d’ailleurs différentes étapes du brassage. On y retrouve un lien étroit entre bière et pain : on préparait notamment un pain à base de céréales maltées qui pouvait ensuite servir à produire la boisson.
Pendant des siècles, le brassage restera largement une activité domestique et, dans de nombreuses sociétés, les tâches domestiques liées à la préparation des aliments étaient principalement assurées par les femmes.
Ce n’est que progressivement, avec la professionnalisation puis l’industrialisation de la production, que le brassage deviendra un métier de plus en plus masculin.
Dire que « sans les femmes, les hommes ne boiraient pas de bière » est donc évidemment une formule provocatrice.
Mais elle rappelle une réalité souvent oubliée : pendant une grande partie de l’histoire de cette boisson, celles qui fabriquaient la bière étaient très souvent… des femmes.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Quand quelqu’un s’inquiète beaucoup, on dit parfois qu’il « se fait du mouron ». L’expression est familière et un peu vieillotte, mais elle reste parfaitement compréhensible. Et son origine est assez amusante, car le « mouron » n’a, au départ, absolument rien à voir avec l’anxiété.
Le mouron est d’abord… une plante.
Ce nom désigne plusieurs petites plantes sauvages très communes, que l’on trouve dans les champs, les jardins ou au bord des chemins. On connaît notamment le mouron des oiseaux, une petite plante aux fleurs blanches.
Alors comment cette modeste plante a-t-elle fini par désigner nos inquiétudes ?
Il faut passer par l’argot parisien du XIXe siècle.
À cette époque, le mot « mouron » prend un nouveau sens populaire : il désigne les cheveux, et plus largement la chevelure. L’origine exacte de cet emploi n’est pas absolument certaine, mais elle serait liée à une comparaison visuelle : les petites touffes de mouron poussant sur le sol auraient évoqué des cheveux poussant sur une tête.
Dans l’argot de l’époque, « avoir du mouron sur la cage » signifie ainsi avoir des cheveux sur la tête, la « cage » désignant familièrement le crâne.
C’est à partir de là que l’expression « se faire du mouron » aurait pris son sens actuel.
Pourquoi ? Parce que les soucis sont traditionnellement associés aux cheveux. On dit encore aujourd’hui que l’on peut « se faire des cheveux blancs » à force de s’inquiéter. Et autrefois, on employait également l’expression « se faire des cheveux », tout simplement, pour dire que l’on se tourmentait.
Le « mouron » étant devenu synonyme de cheveux, « se faire du mouron » aurait donc suivi la même logique : se faire des cheveux, autrement dit se faire du souci.
L’expression se diffuse surtout dans le langage populaire à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Elle devient ensuite suffisamment courante pour que son origine capillaire soit presque complètement oubliée.
Et c’est ce qui rend l’expression intéressante : lorsque vous dites à quelqu’un « ne te fais pas de mouron », vous ne lui parlez donc pas réellement d’une plante.
Vous lui dites, indirectement, de ne pas se faire de cheveux blancs.
Autrement dit, de ne pas laisser ses soucis lui pousser sur la tête.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Lorsque vous regardez Superman voler dans le ciel, vous savez parfaitement qu’un être humain ne peut pas voler. Pourtant, pendant deux heures, cette impossibilité ne vous empêche pas de suivre l’histoire, de vous inquiéter pour le héros ou d’être ému par ce qui lui arrive.
Votre cerveau l'accepte provisoirement. Et ce mécanisme porte un nom: la « suspension consentie de l’incrédulité ». Oui ! Je vous explique.
D'abord, sachez que l’expression vient du poète anglais Samuel Taylor Coleridge. En 1817, il évoque cette « willing suspension of disbelief ». Et l’idée est assez simple. Pour profiter d’une œuvre de fiction, nous acceptons temporairement de mettre de côté notre scepticisme face à certains éléments irréalistes ou impossibles. Nous savons que ce que nous voyons ou lisons est inventé, mais nous acceptons de jouer le jeu.
Mais cette suspension de l’incrédulité a des limites.
En effet une fiction peut être totalement fantastique mais elle doit respecter ses propres règles. Imaginons qu’un roman explique pendant 300 pages que les sorciers ne peuvent devenir invisibles qu’en utilisant une cape magique. Puis, à la dernière page, le héros devient soudainement invisible simplement parce qu’il le souhaite, sans aucune explication.
Le lecteur risque alors de se dire que cela n'a aucun sens.
Curieusement, le problème n’est pas que l’invisibilité soit impossible dans la réalité. Le lecteur avait déjà accepté cette impossibilité. Le problème est que l’histoire vient de violer les règles qu’elle avait elle-même établies.
C’est pourquoi la cohérence est souvent plus importante que le réalisme.
Notre cerveau est ainsi capable de maintenir simultanément deux niveaux de compréhension : nous savons qu’une histoire est fictive tout en réagissant émotionnellement comme si ses événements avaient une importance réelle. et voilà pourquoi nous pouvons pleurer devant la mort d’un personnage dont nous savons parfaitement qu’il n’a jamais existé.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Avec son nom, on pourrait croire que Paris Match était à l’origine un journal consacré à des compétitions sportives organisées dans la capitale. Et ce n’est pas complètement absurde, car le mot « Match » vient effectivement… du sport.
L’histoire commence en 1926 avec la création d’un hebdomadaire français simplement appelé Match. À cette époque, il s’agit essentiellement d’un journal sportif. Son nom est donc parfaitement logique : en français, le mot anglais « match » est déjà couramment employé pour désigner une rencontre sportive.
Mais tout change à la fin des années 1930.
En 1938, le puissant patron de presse Jean Prouvost rachète Match. Il possède déjà plusieurs journaux et souhaite créer en France un grand magazine illustré capable de raconter l’actualité grâce à la photographie. Il s’inspire notamment du célèbre magazine américain Life, lancé deux ans auparavant.
Match abandonne alors progressivement sa vocation sportive. Ses pages se remplissent de reportages, d’actualité internationale et surtout de grandes photographies. La Seconde Guerre mondiale interrompt cependant cette aventure : le magazine cesse de paraître en 1940.
Après la guerre, Jean Prouvost décide de reprendre son projet. Le 25 mars 1949 paraît le premier numéro d’un nouvel hebdomadaire : Paris Match.
Mais pourquoi avoir ajouté « Paris » ?
Le choix n’est pas totalement nouveau. Avant-guerre, Jean Prouvost avait déjà utilisé le nom Paris-Match pour une publication liée à la radio. En 1949, il récupère donc cette appellation pour son nouvel hebdomadaire.
Le mot « Paris » présente aussi un immense avantage commercial. À l’époque, la capitale française bénéficie d’un prestige international exceptionnel. Paris évoque la mode, le cinéma, les artistes, l’élégance et la vie culturelle. Ajouter son nom permet donc de donner au magazine une identité immédiatement reconnaissable, y compris à l’étranger.
Quant au mot « Match », il reste comme un héritage du journal sportif des origines, même si le nouveau magazine n’a plus grand-chose à voir avec le sport.
Paris Match va surtout devenir célèbre pour une formule journalistique fondée sur la puissance des images. Guerres, élections, stars de cinéma, familles royales, catastrophes ou grands événements : l’actualité doit être racontée comme une histoire et montrée au lecteur grâce à des photographies spectaculaires.
Cette philosophie sera résumée des décennies plus tard par un slogan devenu célèbre : « Le poids des mots, le choc des photos ».
Ainsi, derrière le nom Paris Match se cache un morceau d’histoire de la presse française : celui d’un simple journal sportif devenu l’un des grands magazines d’actualité illustrés du XXe siècle.
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